31.08.2006
Une bouteille dans le sable
J'ai écrit le texte qui suit en lien avec ce site .
Ma fille est morte il y a une demi-heure. Deux infirmières sont venues la chercher quelques secondes avant que je ne me décide à prendre cette feuille de papier, à m’asseoir sur cette chaise, à me saisir de ce stylo, à écrire mon émotion. Clotilde, ma femme, est sortie prendre l’air dans la jardin de l’hôpital. Je suis seul dans cette chambre, les larmes qui mouillent ce papier sont le signe de l’émotion des dernières heures. Je ne pleure pas comme on pleure de colère, de rage ou de désespoir. Mes larmes sont sereines.
Lucie, ma fille de treize ans pour le restant de ma vie, souffrait d’une leucémie depuis plus d’un an. J’ai du mal à parler au passé, pourtant, déjà, il le faut. Tout comme il faut que je pose ces mots, pour moi, pour elle, pour d’autres. Je n’ai pas prémédité ce texte mais je sens, à vingt-trois heures à ma montre, que sans ces mots je ne suis pas prêt d’avoir sommeil.
Son état avait recommencé à se dégrader il y a une semaine, d’où cette dernière hospitalisation. Mais même à l’hôpital, sa santé n’avait fait que décliner. Ce matin à onze heures, je reçois au boulot un coup de fil de ma femme, elle me dit que le médecin a appelé, qu’il faut aller voir Lucie, que c’est urgent. A cet instant, j’avais compris précisément que c’était le dernier jour avec ma fille, ses sourires, sa joie de vivre malgré ce satané cancer.
Ma femme vient de repasser dans la chambre, elle va chez sa mère, on se retrouvera chez nous, je lui ai dit que j’avais besoin d’écrire, que j’avais besoin d’être seul au moins une heure. On s’est pris dans les bras, émus. Elle a ajouté avant de me laisser: « C’est merveilleux ce que tu lui as dit tout à l’heure…A tout de suite…je t’aime. » Elle est forte, Clotilde, aussi forte que la fille que nous avons eu ensemble.
« C’est un cancer des cellules de ton sang mais on peut le soigner…on va t’aider. » C’est à ma fille que ces mots étaient prononcés mais c’est ma femme et moi qu’ils bouleversaient le plus, ils sortaient de la bouche du médecin, c’est la première fois que Lucie entendait parler de leucémie. Depuis ces mots du cancérologue, notre fille n’avait fait que nous étonner par son courage, sa ténacité, son plaisir de vivre les jours comme ils venaient. Elle avait bien sûr ses tristesses, ses douleurs, ses moments de désespoir, ses jours sans, mais ma femme et moi étions alors présent pour la soutenir car elle nous avait remplit de sa joie, de son amour de la vie l’heure, le jour, la semaine précédente. Je crois pouvoir écrire qu’elle a été heureuse malgré tout.
Il était à peu près midi, j’ai perdu la notion du temps aujourd’hui, quand ma femme et moi sommes arrivés. Lucie nous a sourit, on la sentait faible, au bout de son chemin, fatiguée, mais au fond, tout au fond, j’ai senti qu’une lueur irradiait encore pour quelques heures. Le médecin nous avait fait clairement comprendre qu’il n’y avait plus aucun espoir, que le cancer avait gagné, ils ne nous restaient plus qu’à l’accompagner. Nous nous sommes sentis impuissants, sa mère et moi, désemparés, petits, quelques minutes, mais nous n’avions pas le choix : nous l’avions accompagner vers la naissance, nous nous devions d’être présents vers sa mort, même si c’était injuste qu’elle parte en premier.
Aujourd’hui, peut-être cela étonnera-t-il ceux qui liront ces lignes, nous avons ri, joué, nous nous sommes amusés ensemble. Que faire d’autre ? Se plaindre, perdre son temps à le laisser nous tuer ?
Clotilde et moi lui avons beaucoup parlé, et elle a écouté avec sérénité et attention. Les mots venaient d’eux-mêmes, sans effort : « Tu vas partir vers l’inconnu mais tu ne dois pas en avoir peur. L’inconnu ça n’est pas à redouter, c’est à construire. » Je lui ai parlé de mes parents qui eux aussi sont partis, de toute la famille qui pense à elle. Et puis finalement, je lui ai décrit mon grand-père, un être passionné par le verre. Il était même devenu artisan verrier vers le fin de sa vie ; il nous a quitté quand j’avais 7 ans mais m’a accompagné toute mon existence.
Je suis troublé par cette journée. Je ne sais plus comment l’écrire. J’espère que c’est un tant soit peu lisible mais je n’ai pas envie de me relire. Je laisse les mots couler comme coule l’eau de mes yeux.
Paroles d’un père à sa fille au seuil de la mort :
- Mes souvenirs d’enfance en présence de mon grand-père me sont très précieux, mon cœur. J’aimais le voir souffler le verre. Je le prenais pour un magicien, il transformait du sable en objets transparents merveilleux. A cet âge, je n’avais qu’un terme pour tous les qualifier : ‘Bouteille’. ‘Pépé fait des bouteilles avec du sable’, je répétais cela fièrement à qui voulait l’entendre. Je pouvais parfois l’accompagner le dimanche, c’était à chaque fois un grand plaisir. Un jour, peu avant sa mort, il m’amena une fois de plus avec lui à la verrerie en me disant que c’était un jour spécial, qu’il allait me confier un secret…
- C’est vrai ? Un secret ?
- Oui ma puce, un secret. Je m’en souviens comme si c’était hier. Il a pris une poignée de sable, s’est approché tout près de moi et m’a murmuré : « François, écoute bien mon secret, tu me promets de le retenir ? – oui, oui, pépé ! – Ce sable, c’est bien plus que du sable, c’est tout ce que tu y mets dedans. » J’étais assez perplexe et voyant ma mine il ajouta : « il y a une bouteille dans le sable ».
- C’est tout, papa ? C’est tout ce qu’il t’a dit ?
- Oui, je suis resté avec cette phrase une bonne partie de mon enfance sans la comprendre. Mais un jour j’ai compris, il m’avait révélé la force de la volonté et de l’imaginaire de l’Homme. Il y avait bien une bouteille dans le sable, il suffisait de vouloir l’imaginer.
Même sans toucher au sable, la bouteille existait.
- C’est un secret de souffleur mais on peut l’appliquer à tout dans la vie, non ?
- Exactement, tu as compris Lucie.
- Alors, en me racontant cette histoire, à moi aussi tu l’as confié le secret ?
- Oui. Là où tu vas, il y a toutes les personnes que tu veux y voir. Là où tu vas, il y a toutes les choses que tu veux y faire. Il te suffit de l’imaginer, de le vouloir. »
Ses dernières paroles furent : « Merci maman, merci papa, je vous aime….Où que j’aille vous serez avec moi car moi aussi maintenant, j’ai compris qu’il y avait une bouteille dans le sable… »
Quelques minutes plus tard, elle est partie. C’était il y a presque deux heures maintenant. Je vais rentrer chez nous, rejoindre ma femme, avec Lucie dans mon cœur.
Ca m’a fait du bien d’écrire, les mots sont autant de grains de sable, forces de l'imaginaire…
19:30 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, nouvelles
30.08.2006
Dis-moi dix mots
Il y a quelque temps déjà, je m'étais essayé à ce jeu : ici .
Les dix mots étaient :
# quelqu'un : Jacques Brel
# un lieu : sous les cocotiers
# un repère temporel : dans trois jours
# un autre quelqu'un : Léon Tolstoï
# un nombre : 90125
# une couleur : vert pomme
# une caractéristique personnelle : la cautèle
# une humeur : une humeur de chien
# un objet : un hameçon
# un truc quelconque : le bonheur
Et voici le texte que j'avais écrit alors :
22 mai 2001. Kevin est d’une humeur de chien, dans trois jours le grand jour, il y mettra la dernière étape de son plan à exécution. Son plan ? Récolter au moins 90.000 F pour s’installer sous les cocotiers.
D’ici là, il refait ses calculs. La commode vert pomme vendue pour 1500 F à la mère de son meilleur ami. La canne à pêche de son grand-père accompagné de son hameçon fétiche cédés pour 500 F. Sa collection des Aventures de Tintin achetée par sa petite sœur pour 125 F. Ces trois dernières transactions viennent s’ajouter aux 28.000 F déjà récoltés. Il lui reste précisément 59.875 F à trouver, il n’a plus rien à vendre, la chose lui apparaît désormais très clairement : il doit remporter cette cinquième victoire.
C’est le grand jour et à peine est-il arrivé au studio d’enregistrement qu’il demande à combien est la cagnotte. « 60.000 F », lui répond la maquilleuse. Calcul de dernière minute, « si je gagne, ça me fait 90.125 F, c’est parfait » pense-t-il. Il croise ensuite Julien Lepers qu’il n’avait plus vu depuis cette journée où il remporta 4 émissions d’affilée.
L’émission commence enfin. Kevin, usant autant de sa cautèle que de sa propension au risque, fait de la première étape une formalité. Premier à choisir le thème du « 4 à la suite », il penche pour ‘la chanson française’. Il fait facilement 4 points. Avec notamment la question : « Quel chanteur est enterré aux Marquises » à laquelle il répond « Jacques Brel , évidemment! ».
Reste la dernière étape. Il mène alors 8 à 1 quand vient la question :
- Attention, Je suis….Un écrivain russe né en 1828 à Iasnaïa Poliana, je….
- Léon Tostoï !
Sûr de lui, il se tourne vers Julien Lepers, entend le jingle annonçant la victoire, sourit et lève les bras au ciel.
En ce moment, il savoure son bonheur sur une plage de Bora Bora.
17:20 Publié dans Exercices d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, jeu, exercice
29.08.2006
Cioran
Aphorismes puissants que ceux de Cioran.
"De l'inconvénient d'être né" : titre d'un receuil de ces vérités.
Si je ne l'avais déjà lu, je me le conseillerais.
Le vrai cynisme rejoint l'humour, c'est à ça qu'on le reconnait.
Je vais vous faire goûter trois de ses aphorismes extraits de "De l'inconvénient d'être né" :
" La véritable, l'unique malchance : celle de voir le jour. Elle remonte à l'agressivité, au principe d'expansion et de rage logé dans les origines, à l'élan vers le pire qui les secoua."
" Le sage est celui qui consent à tout, parce qu'il ne s'identifie avec rien. Un opportuniste sans désirs."
" Ce que les autres font, nous avons toujours l'impression que nous pourrions le faire mieux. Nous n'avons malheureusement pas le même sentiment à l'égard de ce que nous faisons nous-même."
18:15 Publié dans Mon monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, littérature, cioran
28.08.2006
Une journée ordinaire
Deux lèvres me caressent la joue. Elles me réveillent. Je leur souris, les yeux encore clos.
- My heart, j’ai préparé le petit-déjeuner, je vais bientôt partir bosser.
J’ouvre les yeux en guise de réponse en continuant à sourire. Il est 7h28, une journée ordinaire commence. La voix, c’était Estelle. Ne vous fiez pas à son prénom, son nom est Patson, elle est américaine. Petit délire de ses parents il y a 28 ans, histoire d’affirmer leur francophilie, ce qui était assez branché à l’époque. Moi, c’est Ludovic Martin, je n’ai rien à cacher, je vais d’ailleurs vous raconter de A à Z une de mes journées types à New York. Je vous dis à dans un quart d’heure, histoire de me réveiller.
Ca y est, me voilà tout propre : rasé, douché, dents brossées. Je n’ai enfilé qu’un caleçon, ça ne vous dérange pas j’espère ? j’aime bien prendre mon p’tit-dej à l’aise.
- Lud, je m’en vais….je t’aime.
Elle vient de me dire ça à l’oreille. Ca fait plus d’un an qu’on vit ensemble mais je crois que je m’en lasserai jamais de sa voix, de ses « loud », de ses mots doux. On est ici dans le Queens, rue, appart, voisins calmes ; le pied pour un peu souffler de la New York insomniaque et agitée. Moi aussi aujourd’hui je bosse, mais c’est une grosse boîte, horaires adaptés suivant nos envies. Et aujourd’hui, j’ai pas envie d’aller bosser tôt ni de rentrer tard. Par contre, j’ai envie de surprendre Estelle à la sortie de son job, laissez moi le temps de réfléchir à l’endroit où je l’emmènerai. Patience.
Là, je suis malgré tout un peu à la bourre. Je vous laisse un peu. On se rejoint dans la rue.
Hé ouais, costard-cravate, la classe non ? Tenue standard de l’informaticien pas trop boutonneux. Je devrais dire : plus trop boutonneux. Je remercie pour ça mes trente-deux piges, à seize, c’était plutôt tarte à la cerise. Je marche toujours vite pour aller au boulot, faut pouvoir me suivre, et encore vous vous ne portez rien, vous ne marchez même pas, mais moi j’ai mon PC portable dans un bras, et bientôt la presse du jour dans l’autre.
D’ailleurs tenez, c’est ici que je me l’achète tous les jours, juste avant de prendre le métro.
- Hi Steve, The New York Times…..this one and that one, please.
- No problem mister Lud, it’s 2$35.
- Here they are. Have a nice day !
Voilà, c’est aussi simple et rapide. Un coup d’œil à ma montre : 8h10. Je suis dans les temps. Reste plus qu’à prendre le métro, y lire ce que je viens d’acheter, aller bosser deux heures et demi. On dit midi trente en bas de l’Empire State? C’est à deux pas de l’immeuble dans lequel est installée ma boite. Je vous raconterai comment ça s’est passé.
Ca va toujours ? J’ai passé la matinée à régler des problèmes au niveau du dernier software qu’on développe. Mon boss John est tout excité à l’idée d’être les premiers sur ce concept, on bosse dur mais l’ambiance est sympa et puis je vous ai dit : les horaires sont cool, j’ai une heure pour manger un bon hot-dog. Je connais un des meilleurs de la ville.
Ca demande quelques minutes de marche mais le voilà, j’en ai déjà l’eau à la bouche.
- Hi, one with ketchup please….Thanks
Je vous propose pas de goûter puisque ce ne sont que des mots, mais je vous assure que c’est savoureux.
J’aime bien me détendre ici, il y a la fontaine, des bancs, de la verdure et disparus la foule, les taxis jaunes, l’excitation de la rue. Je suis arrivé dans cette ville quelques semaines avant que Nicolas Sarkozy soit déclaré président en France. J’ai suivi les présidentielles d’ici. Un peu à l’écart. Les journaux américains se sont un peu calmés après le premier tour voyant que 2002 ne s’était pas reproduit. On a presque senti une petite déception chez certains journalistes. Moi-même je m’en suis désintéressé. Je venais de rencontré Estelle et ça s’était vraiment royal ! On s’est aimé dès notre rencontre. On avait chacun notre accent et on se parlait dans la langue de l’autre…Vous me voyez songeur…C’est parce que je me rends compte de la chance que j’ai. Tout à l’heure, j’emmènerai Estelle à Central Park, c’est là qu’on s’est connus et puis à cette période de l’année le parc est magnifique, les couleurs, les parfums, c’est une bien douce musique…
Mais un autre son de cloche m’attend là tout de suite. Le bruit des collègues, des claviers, des machines, je vous épargne ça. See you later.
Bon, il est 16h10, je suis pile dans les temps pour la surprise. Là, c’est sa boutique, je vais rentrer et lui faire le coup des mains devant les yeux avec le « devine qui c’est ? » de circonstance.
Aïe, raté, à peine la porte ouverte, elle pose son regard et son sourire sur moi.
- Surprise mon cœur, je t’emmène avec moi, on rentre pas tout de suite.
- Qui êtes-vous cher monsieur, je peux vous aider, vous désirez un string ? Le rose est très à la mode actuellement !
- C’est vous qui m’intéressez chère demoiselle…
J’aime me promener dans les rues de la ville avec elle. Main dans la main comme maintenant. Vous voyez comme elle est heureuse. Elle sourit tout le temps. Je crois qu’on est fait pour rester ensemble un bon moment. Qui sait peut-être que dans cinquante ans, en 2058, on se promènera encore main dans la main, cœur contre cœur simplement un peu plus lentement.
On entre dans le parc. Je vous laisse ici. Je veux garder ce moment pour elle et moi.
18h30, nous sommes chez nous. Nous avons juste le temps de préparer un bon petit repas rien que pour nous deux. J’embrasse langoureusement Estelle, parce que c’est comme ça, parce que c’est une journée ordinaire de ma vie et parce que j’aime ça.
- Mon cœur, je vais sortir acheter une bouteille de vin, tu as besoin de quelque chose d’autre ?
- Non, j’ai tout ce qu’il me faut, je suis comblée.
Elle me dit ça avec un clin d’œil dont elle seule a le secret. Je lui réponds par un sourire qui veut dire : moi aussi.
Me voilà déjà en bas de l’immeuble, il y a une bonne boutique au coin de la rue qui vend des spécialités italiennes, un bon chianti fera l’affaire.
- Buona sera.
- Buona sera, come stai ?
- Va molto bene, grazie !
- Voglio una bottiglia di vino…
- Questa, va bene ? E una di Chianti !
- Si è perfetto, grazie.
- Prego.
- Ciao, ciao !
- Ciao Ludo !
La voilà, en plus il m’a fait un prix d’ami comme d’habitude. Sympa ce Luigi, la prochaine fois, ce n’est pas qu’à lui que j’apprends à se servir d’Internet, c’est à toute sa famille !
Voilà, je rentre retrouver ma belle…Je vais traverser vite fait…Mais qu’est ce que….qu’est ce que c’est….
----Débris de verre sur le macadam, un homme allongé inconscient presque mort, le sang se répand. Un autre homme ayant entendu un coup de frein violent sort de sa boutique, hagard. La femme au volant est en état de choc, elle n’a pas vu le piéton débouler. Scène violente d’un début de soirée new-yorkaise.----
L’homme à terre, c’est moi : Ludovic Martin. Je suis maintenant mort. Je pensais vous raconter une journée ordinaire de ma vie, il s’avère que c’était en fait la dernière. Je vais bientôt m’endormir pour l’éternité et cela sans regrets. Car je viens de réaliser que j’avais vécu ce jour, ainsi que tous les précédents, comme si c’était le dernier, et c’est en cela qu’il était parfait. Ne plaignez pas Estelle, elle se relèvera. Elle me gardera dans son cœur. Elle vivra chaque journée comme la dernière, avec ses sourires et tous nos souvenirs. Avec d’autres que moi tout aussi irremplaçables. Je dois maintenant vous laisser, je rejoins l’obscurité et le silence éternels.
18:55 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, nouvelles, new york
26.08.2006
Je ne sais pas
Je ne sais pas de quoi parler, mais j’ai envie d’en parler.
Alors je me laisse porter. Je laisse s’enchaîner mes idées. Comme un peintre sans modèle, sans esquisse qui n’a qu’une toile blanche et lisse.
Des phrases étrangères les unes aux autres, qui par moi réunies, sont contraintes de s’accepter et de raconter une histoire, même loufoque, même incompréhensible c’est-à-dire comprise d’autant de façons différentes qu’il y a de paires d’yeux qui la lisent.
Par exemple :
Le soleil avait abdiqué. De petits points lumineux se rassemblaient en cercles concentriques centrés sur une violette dorée. Le magicien remercia la charmante jeune fille aux cheveux d’ébène qu’il avait fait monter sur scène. Encore troublé par tant d’humanité en si peu d’espace, il faillit vaciller sur place.
Une cacahuète est l’objet du délit. Le petit David expérimente pour la première fois la haine après la peine. D’habitude il pleure, désemparé, mais là ses larmes ont séchées laissant place à une colère rentrée. Mais déjà une main l’agrippe et une voix l’irrite :
- Ne pas nourrir les animaux, petit !
Et là il tape une crise car c’est le singe qui la lui a prise.
Contact violent. Folie douce. Content violon. Vaudou lisse.
Mots par-ci, par-là. Besoin d’être canalisés. Promis la prochaine fois j’aurai quelque chose à raconter.
16:35 Publié dans Mon monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture
24.08.2006
Questionnement à vos côtés, lecteur.
Pourquoi ce blog ? Pourquoi ai-je créé ce blog ? Pourquoi est-ce que j’y écris ?
Ne fais-je moi aussi que suivre la mouvance ? Plus généralement pourquoi l’écrivain veut-il qu’on le lise ? Pourquoi est-ce que je veux être lu ?
Quelle drôle d’idée : vouloir être lu. Et c’est pourtant un constat clair : moi-même je le veux. Mais être lu pour quoi ? Pour être félicité, acclamé, applaudi, admiré ? Quel minable but. Suis-je aussi minable ? Qu’est-ce qui est ici recherché ? Quelle prétention me pousse ? Quelle vanité me prend ? Tous les écrivains n’ont-ils écrit que pour le plaisir d’être lu ? Le plaisir d’être lu comme le plaisir d’échanger quelques mots avec une autre personne, d’affirmer son point de vue lors d’un repas partagé. N’est-ce pas le même plaisir ? Celui d’être lu comme celui d’exister aux yeux ou aux pensées des autres.Cela doit être ancré en l’Homme donc en moi comme est ancrée la volonté d’exister. Mais pourtant, je vis petit. Je joue petit. L’écriture comme dérivatif pour ma vanité qui dans la vie ne serait pas totalement comblée ?
Je suis perplexe.
Ne serais-je que l’enfant qui rêve de prendre la place de l’idole footballeur ? Rempli de désir de victoire, d’acclamations, d’applaudissements ? Ne serais-je que le chanteur, l’acteur, le sportif qui sous le faux prétexte de vouloir donner du plaisir aux autres ne cherchent que la gloire et le leur?
Serais-je tombé aussi bas ou n’aurais-je jamais décollé de ma simple humanité ?
Je sais pourtant qu’à part le plaisir, il n’y a rien à trouver à votre contact, cher lecteur-visiteur.
Je n’ai pas besoin de plaisir et pourtant j’écris. Je vais voir les statistiques. Je rêve que le compteur grimpe. Je rêve de marquer un but en finale, de lever des milliers de fans, de gagner la médaille d’or. Ne suis-je que cette fourmi humaine qui ne peut se détacher de son nombril, de son plaisir, de sa vie?
Accordez-moi au moins le fait qu’en en étant conscient, je n’en suis pas dupe.
Pour quelles autres raisons écrit-on ? Pour la même qu’on a de se plaindre aux autres ? Pour la même raison qu’on est fier d’être écouté, de faire rire, de commander, d’entraîner des foules, de diriger ?
Ecrire synonyme de Vivre ?
Il se peut que si on m’y contraignait , je répondrais : Oui. Mais ici, personne ne me contraint à rien. Je suis libre sur cette page, comme je suis libre dans la vie. Quelle chance ! Quand tant d’autres Hommes n’en ont aucune.
Alors j’écris parce que oui ça me fait plaisir et parce que si ça m’était indifférent vous ne liriez pas ces lignes.
18:10 Publié dans Mon monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture
23.08.2006
Etat d'âme 1
J’aime les écrits vains, solitaires. Ce qui sort sans être rentré d’abord. La pureté. La vanité.
Je suis un petit être fébrile, trop sensible. J’ai une trop bonne mémoire. Je ne prends pas l’initiative, je laisse la vie dicter pour moi. Et pourtant il y a cette rage, un autre mot conviendrait mieux : hargne. Oui, une hargne qui vient de ma passivité et qui repart souvent pour me laisser seul avec une douce sérénité.
Que veut-elle me dire, cette hargne ? Que crie-t-elle ? Avec elle, la vie acquiert tout à coup de l’importance alors qu’en son absence, la mort pourrait venir sans regrets, sans peur, sans la moindre question.
Petit enfant gâté hargneux, voilà ce que je suis parfois.
Pourquoi est-ce que je fuis les gens comme on fuit les problèmes ? La solitude me comble pourquoi devrais-je encombrer mon cerveau d’amis ?
Tiens ! Des questions. Pourquoi des questions ? Laisse-toi aller aux mots qui te viennent. Prends une grande inspiration et laisse l’air filer, ne le retiens pas.
J’ai plutôt du mal à l’oral. Une peur enfouie. Je ne cherche pas l’inconnu ou ce que je n’ai pas. Je ne sais pas m’imposer, je n’ai pas de projets. Je fatigue trop vite. Je ne connais pas mes limites. Je n’ai aucune ambition.
Je me faufile, ne désire pas être remarqué, en bon ou en mauvais. Les idées, images ou jugements sur ma personne n’ont aucune importance. Insultez-moi, j’en rirai. Bousculez-moi, j’en sourirai. Acclamez-moi, je me cacherai. En tout cas, j’apprendrai.
Une planète. Des millions d’années, des dizaines de milliards d’humains plus tard, j’en suis un à mon tour. Je suis celui-là : plutôt du mal à l’oral depuis tout petit, c’était pas de la timidité, c’était de l’analyse. J’écris mon petit rapport sur l’humanité.
Pas le temps de parler, je prends le temps ici d’écrire l’essentiel.
15:06 Publié dans Etats d'âme | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, journal intime
22.08.2006
Exercice de description
Décrire au plus juste mes champs de vision, situations, émotions. Meilleure solution : les mots. Tentative de description de mon présent instant :
Mes jambes sont au contact d’un jean bleu foncé dont la longueur impose à ses bords d’être repliés quand comme à l’instant je ne porte pas de souliers. Des socquettes habillent mes pieds, ma taille est entourée d’une ceinture de cuir tous les jours portée. Mes orteils touchent le sol du premier sur lequel une chaise blanche permet à mon séant d’être posé. Ce dernier est confortablement installé dans un sous-vêtement de coton inutile à nommer. Un pull léger bleu marine sous lequel un t-shirt cintré manche courte complètent mon attirail. Bonne nouvelle pour moi : mon cœur bat, mes paupières du haut rencontrent régulièrement celles du bas et de l’air j’inspire sans exaspération. Mes doigts, mes mains, mes bras, mes orteils, mes pieds, le bas bougent sans broncher quand le cerveau l’a demandé. A tour de rôle, mes coudes, poignets ou doigts se reposent près du clavier sur la table en bois sur laquelle sont posés tout un tas d’objets dont l’écran où mes yeux très souvent sont fixés. Un pivotement de la tête et du tronc de presque trois cent soixante degrés permet à mon regard d’embrasser tout un tas d’objets, de couleurs, de reflets parmi lesquels : fenêtres, rouge, stores, imprimantes, bleu ciel, garde-robe, lit, ciel, arbres, chaussures, jaune, stylos, ciseaux, bouquins, plinthes, plafond, dictionnaire italien, miroir, orange, porte, tiroirs, bédés, CD, DVD, vert pomme, téléphone, violet, gomme. Quant à mon état mental : une prochaine ! foi de belgo-rital !
16:10 Publié dans Exercices d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture
21.08.2006
Quelques mots de plus
Quelques mots pour remplir cette journée.
Intercepter. Paillettes. Retentissement.
Voilà une journée bien remplie!
19:39 Publié dans Mon monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Heu
20.08.2006
Tentative
Tentative de cohérence.
Le surréalisme dans l’écriture. Nouvelle discipline. Des couleurs, des sons, des formes. En mots. En phrases. Phénomènes extralittéraires.
Des mots qui servent à quelque chose c’est-à-dire à rien. Sans prétention.
Impressions soleil couchant. Monnaies, pièces d’un puzzle infini.
Un homme sans toit me regarde passer, moment rare, je suis le seul sur qui ses yeux se sont fixés. Déglutition délicate, bref moment d’angoisse. Je me replonge dans ma lecture, il se replonge dans sa bouteille pour y lire l’oubli de sa misère.
Plaisir de la victoire. Ephémère presque malsain. Cerveau dopé de dopamine, sourires, poignées de mains. Pour un temps seulement. Déjà c’est passé, stocké, classé. Où est la poésie ? Le cerveau domine.
Le sens de la vie, c’est plus tard, peut-être jamais, en tout cas sur place.
16:10 Publié dans Mon monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture



