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29.09.2006

Le secret se dévoile

-  Vous avez dormi douze heures, madame Rous. Comment vous sentez-vous ce matin?
-  Je ne sais pas…Depuis quand suis-je ici ?
-  Vous avez été amenée aux urgences vers vingt-deux heures hier soir et après vous avoir traitée, on vous a montée dans cette chambre.
-  Où est Florian, mon fils ?
-  Ne vous en faites pas, il va bien….On l’a installé dans une chambre du service pédiatrie pour la nuit.
-  Merci…

Les larmes aux yeux, Hélène Rous tourna le visage vers la fenêtre. Elle donnait sur un parc aux arbres encore verts, aux allées bien taillées, à l’ambiance paisible.

-  On va vous garder encore un jour en observation. Demain, si tout va bien, vous pourrez voir votre fils. Mais pour l’heure, reposez-vous. Une psychologue de l’hôpital viendra vous voir dans l’après-midi. Vous désirez quelque chose ?
-  Non…merci mademoiselle.
 
L’infirmière sortit de la chambre, désolée de cette situation, consciente des mots qui lui manquaient.

Hélène, jeune femme de vingt-cinq ans, belle, s’endormit, encore un peu troublée par les médicaments. Le repos sans rêves qui suivit lui parut, à son réveil, n’avoir duré que quelques instants. Mais elle vit un plateau-repas posé sur le meuble à côté de son lit.

Après quelques bouchées d’un plat pas trop mauvais, une rafale d’images lui revint comme des coups de poing dans la figure. Elle s’arrêta de manger, sur le point de s’effondrer. C’est à cet instant que la psychologue poussa la porte.

Après un bonjour souriant et sincère, elle s’assit sur le rebord du lit, devinant la détresse de cette patiente.

-  Madame Rous, je m’appelle Martine Durille et je suis là pour vous écouter et vous aider, je sais que ce n’est pas facile pour vous…de vous confier à moi…comme cela…après tout on ne se connaît même pas encore…mais nous avons notre temps et je sais que vous avez besoin de sortir votre souffrance.
-  Comment ai-je pu…comment ai-je pu ?

Des larmes parcouraient ses joues alors que ces premiers mots fendaient l’air.

-  Je n’en peux plus docteur. Il a poussé à bout ma patience, mes forces…Comment ai-je pu tenter d’abandonner Florian ? Jamais je ne me le pardonnerai. Jamais…
-  C’est votre mari qui vous a poussé à bout, c’est bien ça ?
-  Oui….Depuis que je lui ai annoncé ma grossesse, il m’en veut, il me harcèle, il me crie dessus et ça fait huit mois que ça dure. Trop de violence. Et j’ai voulu partir avant que le bébé naisse, redoutant que ce ne soit pire après sa naissance…Je suis indigne…Comment une mère…comment moi…je…j’ai pu…
-  C’était un geste. Une fois. Un moment. Un instant. Vous m’entendez. Vous n’êtes pas indigne. Vous avez simplement craqué à un moment, à un instant, comme cela peut arriver à tant d’entre nous. Et puis, les médicaments que vous aviez avalés n’auraient pas pu vous tuer, ça n’était qu’un appel, un cri, et nous l’avons entendu. Vous n’êtes plus seule Hélène. Nous sommes maintenant à vos côtés et nous allons vous aider.

Percevant la force des mots qu’on lui adressait, voyant dans les yeux qui accrochaient les siens, une lueur, un espoir. Elle osa un sourire. Vite disparu. Mais il avait existé, témoignant d’une confiance accordée.

28.09.2006

Contact

Juste envie de juxtaposer quelques mots.

Dans l’idée de remplir une note.

De faire avancer, vers le présent, cette page, ce blog.

La porte étant ouverte ; accueillant potentiellement, des yeux disséminés sur la surface entière de la Terre ; j’ai comme un devoir de faire acte de présence.

Oui, lecteur perdu. Je suis là. J’existe encore. Ces mots n’auraient pu être placés par un autre.

Tenir un blog pour affirmer aux autres son existence ?

Non pas forcément la crier ou la revendiquer, simplement : la dire.

La dire, dans la douceur d’une conversation, d’une écriture, d’une lecture.

C’est l’autre, qui par sa réaction, me confirme que j’existe. Seul, comment pourrais-je le savoir ?

Imaginons : Se balader dans la rue sans réactions, sans aucun regard, sans sourires, sans paroles ; être invisible ; parler, écrire sans être entendu, écouté, lu ni ici ni là ni même sur Internet ; ni par sa famille ni par des inconnus ; comment pourrait-on se rendre compte qu’on est vivant ?

Même l’ermite vivant seul en forêt sait qu’il existe par le contact. Contact de sa mémoire, de ses souvenirs : contacts passés. Evidemment, il y a la nature mais en tant qu’être humain elle n’est pas suffisante. La nature sait que j’existe, mais moi, je le sais parce que tu m’écoutes, me parles, me touches.

Sans contacts, quels qu’ils soient, bons ou mauvais, intenses ou fragiles, passés ou présents, pas d’existence.

Alors merci. Merci d’avoir lu, même un peu. D’avoir été à mon contact, même un peu.

25.09.2006

Etat d’âme 3

Parfois : Je n’accueille pas l’autre avec joie. Une humeur maussade m’envahit quand la nouvelle d’une visite inopinée m’est annoncée. Mes sourcils se froncent. Des yeux lourds de fatigue se font alors plus présents. Etre souriant et sympathique est un effort. Un enfant capricieux impose sa loi en moi. Le moindre effort me paraît futile et contraignant.

Pourquoi ?

Vais-je ma vie durant, à intervalles réguliers, subir cette loi de ma personnalité ?

Est-ce simplement un peu de fatigue… ?

Peut-être, mais elle n’est qu’un révélateur de qui je suis. J’ai vis-à-vis de la nouveauté un a priori négatif.

J’aime le connu, le côté confortable de la passivité, la douceur de l’immobilité, la musique des habitudes, la saveur de ce que j’ai, l’indifférence de ce que je n’ai pas.

Mais est-ce que j’aime ce que je suis ?

Je n’aime pas cet enfant hargneux ou craintif qui prend quelques fois possession de moi. L’adulte raisonné que je suis le reste du temps est souriant, bienveillant, il n’a peur ni de l’autre et de ses pensées, ni de l’avenir et de ses incertitudes.

Ceci ne dit pas lequel de l’enfant ou de l’adulte en moi ne recherche pas le contact des autres.

Se forcer à sourire, est-ce sourire vraiment ?
Suis-je un être humain trop gâté ?

23.09.2006

Etat d'âme 2

Souvent, la nuit venue, quand je dépose mon corps sur mon lit, au moment où je saisis la couette pour la rabattre sur moi, une pensée me vient : «  Encore le même geste, encore un jour de plus, aucun changement.  »  C’est un constat froid, dans le silence de ma chambre, qui souvent s’évacue aussi rapidement qu’il m’est venu mais qui parfois amène d’autres pensées. Je laisse alors cheminer mes réflexions, les paupières ouvertes sur l’obscurité. « Le même jour pourrait s’écouler de façon identique jusqu’au dernier, puisqu’un changement ne m’est pas nécessaire. »

Cela ne dure que quelques minutes, car rapidement je m’endors. J’avais maintenu quelques mois durant un rituel de lecture avant de m’endormir mais il m’est passé. Je passe des images télévisuelles aux images mentales cérébrales du rêve paradoxal quasi systématiquement oubliées au réveil.

Passif, je vois le temps me traverser. J’aime me remémorer avec le plus de détails possibles des scènes passées. Je n’ai qu’un corps de vingt-six ans et quelques mois mais je ne désire pas étoffer ma banque de souvenirs. Je suis à quelques centimètres près, un double mètre qui se contente de ce qu’il a.

21.09.2006

En direction du sud

Mort d’avoir trop parlé. Asphyxié par ses propos. Il avait trop dit sa haine, son mépris. Etalé sur le sol, le visage boursouflé, les mains enterrées, les résidus d’un filet liquide sanguinolent tracé sur sa joue gauche, les paupières ouvertes sur un ciel pur, Ernest n’était plus qu’un corps sans vie.

Le soleil brûlait à son zénith le sable de ce désert caillouteux. L’enfer texan avait parlé. Ernest en avait trop dit. Torse nu, visage écarlate, son cœur avait cessé de battre sur ces mots : « Bande d’enfoirés, je vomis votre existence ! ! »

La Jeep qui l’avait déposé blessé dans cet endroit absent d’humanité avait en s’éloignant créé une colonne d’une poussière aussi fine que compacte. Il fallut une bonne heure pour que la dernière particule soulevé par les roues du bolide lancé à toute vitesse retombe sur le sol, rendant au paysage son immobilité cadavérique. Ernest était mort de s’être époumoné à crier sa vengeance, sa hargne, sa colère mais il serait mort de toute façon, victime obligée d’une chaleur accablante, d’un air irrespirable, de rayons solaires meurtriers.

Ses ennuis avait commencé aussi simplement que débute une discussion, à l’ombre d’une station-service, rare oasis. Il y avait arrêté sa Pontiac cabriolet qui réclamait à boire. Dès qu’il était entré pour régler l’essence et acheter de quoi étancher sa soif, il avait senti qu’il ne ressortirait pas indemne de ce trou à rat. Deux hommes lourds de bêtises et de graisses étaient affalés sur des chaises trop petites pour eux, au fond du magasin près du rayon des boissons. Ernest se dirigea directement vers le comptoir, évacuant l’idée qu’il avait faim et soif, cachant au mieux qu’il le put un malaise grandissant. L’homme derrière la caisse était mince, l’œil mi-accueillant mi-torve.

- Combien je vous dois ?
- Elle est bien belle votre Pontiac ! On en croise rarement dans le coin, c’est plutôt des gros engins que je ravitaille d’habitude…Pas vrai, les gars ?

Il venait de s’adresser aux deux éléphants de mer échoués au fond du magasin. Ils restèrent silencieux et souriants.

- C’est trente dollars, ta Pontiac et ton costume trois pièces !

Durant quelques secondes, les yeux d’Ernest oscillaient entre une perplexité craintive et une volonté de rire à cette bonne blague.

- Mais non, c’est seulement les trente dollars, détends-toi tu crains rien ici, j’suis un commerçant honnête ! Déride-toi. Moi c’est John. Et toi ?
- Moi c’est Jack….Jack Smith. Avait-il articulé en souriant de façon la plus décontractée possible.

« Ils ne pensent quand même pas que je vais leur dire mon vrai nom, ces trois bouffons… » pensa-t-il dans un éclair.

«  T’as peur de nous, gringo ? » Voilà qu’un des molosses avait parlé. Tout en éructant sa question, il s’était levé, puis s’approchait d’Ernest.

Ce dernier, le voyant arriver lentement vers lui, bientôt suivi de son copain obèse, commençait sérieusement à considérer la fuite comme la meilleure des solutions à envisager. Ce qui aurait été une réponse par l’affirmative à la question du cachalot. Les yeux du type derrière le comptoir étaient désormais totalement menaçants. Ernest, le voyant diriger sa main vers le bas, compris qu’il était dans de beaux draps. C’était le moment ou jamais de détaler comme un lapin. Et c’est ce qu’il fit.

Profitant de la lenteur des colosses et du détour que devait faire le commerçant pour sortir, il eut le temps de sauter dans sa Pontiac, de démarrer et de voir dans son rétro les trois énergumènes lever les bras et lui lancer, pensait-il, des insultes.

Mais bientôt, il vit un Jeep puissante à ses trousses. L’air chaud fouettant son visage, la chaleur étouffante, son cœur et sa voiture à 160 à l’heure, « où est-ce que je me suis fourré ? ! » cria-t-il. Il ne connaissait pas la route, ses dangers, ses nids-de-poule, ses légères courbes qui pouvaient le déporter. A cette allure, il ne put éviter un trou dans cette route qui n’avait jamais été refaite, il fit une embardée. Quelques secondes plus tard, il fut éjecté de la Pontiac qui poursuivit sa course folle sur un terrain fait de sable et de cailloux où aucun obstacle n’allait l’arrêter.

Les trois gus qui l’avait pris en chasse, le découvrirent salement amoché à plusieurs dizaines de mètres de la route ; quant à la Pontiac, elle avait encore parcouru cinq cents mètres avant de s’immobiliser.
- T’es vraiment idiot comme type ! j’voulais seulement mes trente dollars, c’était une blague bordel ! disait le plus mince des trois en tentant de réveiller Ernest. Paco et José ne feraient pas de mal à une mouche. Dans quelle merde tu nous as fourrés !
- Il est mort tu crois ?
- Je sais pas mais pour moi c’est pas possible qu’il s’en sorte et de toute façon j’ai pas envie d’expliquer ça aux flics ou aux médecins.
- On pourrait le déposer devant l’hôpital en se tirant vite fait ?
- Le plus proche est à cinquante bornes et puis y’a toutes les chances qu’on se fasse repérer !
- La meilleure des choses c’est de l’abandonner dans le désert, de faire disparaître ses fringues, ses papiers et sa Pontiac !
- OK pour moi, dit Paco.
- OK pour moi, dit José.

Voilà comment un type nommé Ernest fut porté disparu alors qu’il roulait en direction du sud avec cinquante kilos de cocaïne dans son coffre.


19.09.2006

Sans dire un mot

Jouer avec des images pour se jouer d'elles.

Ouverture de dictionnaire.
A poltron, je lis : couard,
lâche, pusillanime, dégonflé,
froussard, pleutre, trouillard.
Ces mots me font peur.

Il n'y a jamais trop de mots, simplement
parfois pas assez de choses à dire.
Revendiquer des paroles, des pensées.
Pour quoi faire? Te divertir?
T'avertir?
T'émouvoir?
T'informer de la douloureuse réalité?
T'emmener dans un monde imaginaire
pour tout oublier? Te conditionner à penser?
Religions, dogmes, voilà des pros du métier.

Je ne suis pas là pour ça, je ne suis pas là pour toi.
Je ne sais même pas ce que je fais là.

Alors j'écris des mots, j'étale de la matière
Comme un peintre ses couleurs primaires.

Il rentre bien plus de choses par mes oreilles ou par mes yeux
Qu'il n'en sort par mes doigts ou par ma voix.

Ecrire c'est en dire trop
Et ça crie ! Et ça crie !
Trop de pleurs, de mépris
Mots pas dits mots perdus ?

Incompris, méprisé, dégoûté,
Un con prie qu'il est pas écouté.
Mais bon, personne l'entend.

Né dans un cri, mort dans l'écrit.
Beaucoup se plaignent pour exister.
Peu se taisent car apaisés.
Trop s'enfuient, se carapatent et
Multiplient les partis pris.

Il est parti sans être écouté.
Sans dire un mot, sans rien.
Faut dire qu'il était arrivé.
Sans dire un mot, sans rien.

Ne pas avoir envie d'en parler.

18.09.2006

Mauvais génies

(voir ce site)

 

Vite un peu de pain. Avec ce vieux jambon. Ca fera l’affaire. Avalé, debout, en cinq bouchées. Clara se dépêche. Comme plusieurs soirs par semaine. Mais surtout le samedi, car le samedi ça commence tôt et ça finit tard. Et aujourd’hui, c’est samedi.

Elle sonne. Thibaut lui ouvre. Alex, Mandy et Cyril sont là. Une odeur d’alcool a déjà envahi le salon. Peu importe le flacon qu’on lui tend, elle désire l’ivresse. Ce soir, c’est vodka pour débuter, pour en finir à petit feu.

Les rires sardoniques et les tintements de verre baignent son cerveau déjà plus lent, déjà ouaté, déjà floué.

Direction la boîte. Celui qui conduit est celui qui a bu aussi. Alex manque écraser un piéton. Il s’en fout. Clara leur fait aveuglément confiance, à ses mauvais génies. Mais l’influencent-ils vraiment ?

Clara ondule la fraîcheur de ses dix-huit ans sur la piste. Elle attire les regards. Quand d’énergie elle a besoin pour continuer, elle retrouve ses compagnons de fugue mentale. Ils ont amené la poudre blanche qui décidément lui plaît.

Des heures : mélange de danse, cocktails, rires, transes, cocaïne. Du plaisir illusion, un cerveau qui fait une sale mine. Elle se ment mais en redemande, c’est facile, c’est gai.

Le lendemain, très tard, elle se couche, habillée du peu qu’elle portait, ivre d’excès. Depuis qu’elle se cherche, elle se fuit. Ses véritables mauvais génies sont intérieurs. Demain, elle voudra oublier encore. Que ses parents sont morts.

 

16.09.2006

Mots-bile

Je forme un tout. Indissociable. Inespéré. Sans espoir.

La vie est un jeu sans gagnants, sans règles mais plein de joueurs.

Le lecteur ne voit de l'autre que des mots.
L'écrivain ne dispose que de mots.
Les mots ne sont que des conventions.
Les émotions ne résident que dans les cerveaux.

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Je ne promets rien, absolument rien.
Je ne fais que tenter de maîtriser une fébrile vague qui à tout moment peut s'effondrer.

Mon coeur me bat.
Mon foie se fait de la bile.
Vil petit corps, as-tu des remords?

La cible, c'est le coeur.
Le coeur de cible : une lueur.
Celle qui dans la nuit m'a brûlé le visage.
Depuis j'ai peur, je crie de rage.

Cessez le cessez-le-feu
J'ai mangé un clown malheureux.

Ce matin, un crétin a abîmé son coeur.
Ce crétin fut le chasseur, le lapin sa douleur.

Drôle de couleur ces mots,
Sont pas drôles ces mots,
Teintés de bleu et de noir
Ils sont pourtant plein d'espoir.

Tel un passage à l'acte, je passe à la ligne.
Refusant l'entracte, je m'évade à Tignes.
J'y vois des esquimaux à vélo.
Des huskys à ski, des ouzbeks à bec.

Joe l'indien se faisait appeler Joe froid puis Joe frais
Il était tombé dans un lac gelé puis s'était réchauffé.

Tic-tac tactique, je tique et tacle les tiques.
L'étique sans tact, c'est un trac sans colique.
La première fois c'est avec trac et avec trique.
La dernière fois c'est sans, c'est la pas-nique.

C'était quelques mots érotiques
Teintés de rose, de bleu et de son mélange.
Avec moi y'a pas de hic, je suis un ange.
 

 

13.09.2006

Echanges d'atomes

Les courbes pures qui me font face accaparent l’espace aux nus murs futur lieu de tendresse.
Nos deux êtres encore distincts n’ont pour seul témoin de leur prochain mélange que l’inerte chambre maîtresse.
Debout, dans nos habits de naissance, l’un face à l’autre, elle me scrute sans gêne, elle me détaille, elle m’aime, je l’observe sans malaise, je la dévisage, je l’aime.

Nos pompes corporelles s’accélèrent au plus son contour de déesse s’approche. Au premier contact, première fièvre, première inspiration saccadée. Une fois nos respirations cordonnées plus rien ne peut empêcher la découverte de nos sensations, l’exploration des cartes des plaisirs, la géographie des monts, des atolls, des presqu’îles d’émotions.

Mon continent heurtera le sien, zone de subduction, tremblements et volcans feront partie de l’expédition.

Pour l’heure, son climat réchauffe le mien, mes brouillards rencontrent ses déserts. Je n’ai d’yeux que pour ses chutes, elle ne voit que mes mystères. Les courants de nos mouvements parcourent chaque centimètre carré de peau. Des pluies d’atomes s’échangent à tous les niveaux. Je faufile mon amour dans chacune de ses anfractuosités. Nos langues différentes n’empêchent pas un délicat aparté. De la sienne, elle étudie ma péninsule italienne. De la mienne ensuite, je gravis ses sommets, ses massifs, je parcours ses grandes plaines et ses petites oasis.

Après un temps aussi long que nos plaisirs, nos territoires entrent en ébullition. Les zones de perturbations nous font frémir,  nous nous abandonnons au bon vouloir de la nature, à ses désirs. Tout à coup, deux éruptions de lave solaire nous emportent tels deux raz de marée  balayant nos pays intérieurs, nous laissant heureux et rieurs.

Le calme retrouvé et comme pour sceller la paix, j’enlace son monde et elle le mien.

( Texte écrit en lien avec ce site. ) 

 

12.09.2006

La dynamique des verres à pied

 

Texte en lien avec ce site

 

L’aveu était lâché. En quelques secondes l’atmosphère de la pièce, de l’appartement tout entier virait à l’aigre, au souffre, dans une lourdeur d’avant orage. Sa femme se tenait devant lui, les yeux contenant une furie qu’il ne leur avait jamais connue, ses mains d’une immobilité de haine, le corps entier prêt à bondir dans une hystérie dévastatrice. Déjà il s’était résigné à ne plus dire un mot, auquel cas il était persuadé qu’elle s’en serait pris physiquement à lui. Il tenait à sa vie, à sa santé, à son corps.

- Espèce de lâche imbécile, d’hypocrite misérable, de menteur puant ! Dix ans de vie commune avec un minable, un pouilleux, un minus, un mythomane ! hurla-t-elle.

Elle prit le vase de la table du salon dans un mouvement sec et violent.

- Alors monsieur le physicien à deux balles, on est prêt pour quelques expériences scientifiques ? Voyons si l’énergie potentielle de ton vase immonde, cadeau de ta mère qui l’est tout autant,  est suffisante pour qu’il se brise en mille morceaux une fois au sol !

Elle se contenta de le lâcher mais il résista au choc.

- Ben voyons,  il résiste ce déchet ! Je propose monsieur l’ingénieur de pacotille, de lui soumettre une force verticale en plus de la pesanteur, qu’en pensez-vous ?

Il éclata dans un fracas terrible qui fit sursauter l’homme résigné qui assistait à la scène.

- Nous avons pu constater monsieur la triple andouille que l’énergie cinétique supplémentaire amena la vase à son point de rupture. Renouvelons l’expérience avec toute cette belle vaisselle, cadeau de notre foutu mariage, appliquons toute une série de contraintes à ces assiettes dans lesquelles je vomis tous nos dîners passés ensemble !

Elle les balança une à une contre le mur, en criant laconiquement entre chacune d’elles : « TEST OK ».

Son énergie de haine destructrice n’étant pas encore rassasiée, elle se dirigea vers le buffet du salon dans lequel étaient rangés précieusement tous les verres en cristal, les flûtes et des coupes de toutes les formes.

Dans un dernier mouvement désespéré et instinctif, le mari déchu tenta sans réel espoir : « Non, je t’en prie, pas les verres de ma grand-mère ».

- Pardon monsieur le tocard….euh monsieur le professeur ? Vous voulez que nous expérimentons la dynamique des verres à pied ? Très bonne idée. Faisons ensemble l’expérience ! Tout d’abord prenons un beau verre à vin et lançons le avec vigueur contre une paroi rigide, que constate-t-on ?….hooooooo il est tout cassé ! Recommençons immédiatement l’expérience !

Chaque verre que comptait le buffet passa par les mains de la femme enragée. Elle enchaîna avec tous les objets qui ne lui appartenaient pas, cassant, piétinant, démontant, triturant, pulvérisant, jusqu’à ce que son besoin de vengeance soit assouvi. Elle s’approcha finalement de son mari, lui fit une bise d’adieu et s’en alla calmée.

Quarante-cinq minutes auparavant, il avait annoncé à sa femme qu’il la quittait pour un homme, un certain René qu’il aimerait lui présenter, avouant qu’il ne l’avait jamais aimée.

 

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