« 2006-10 | Page d'accueil | 2006-12 »

30.11.2006

Tout

Tout est entièrement dans cet instant, tout, même toi.

 

 

27.11.2006

Un hérisson

Un hérisson m’appelle par mon prénom d’une voix de phoque. Que me veut-il ? Je m’approche, il fuit. Qu’il est bête celui-là. Toujours sur le même sentier, je poursuis. Un canari pousse un cri de femme agressée. Un renne marche à reculons dans ce bois clairsemé. Jamais je n’avais vu un tel bestiaire. Puis, tout à coup, une cascade, je me retrouve dans l’eau. Des animaux sur la rive me disent de m’accrocher, à leur voix je reconnais des lamas. Mais m’accrocher à quoi ? Je suis au milieu de la rivière et j’entends la cascade qui s’approche. Dans les films, il y a toujours un rocher pour sauver le noyé. Où il est mon rocher à moi. J’en vois pas ! Emporté, je tombe…

- Max, Max ! Qu’est-ce que t’as ?
- Hein ?!…Quoi…qu’est-ce qui se passe ?
- Je t’entendais gémir dans ton sommeil, ca va ?
- Hein ?!…ah…oh… Je…J’ai rêvé…
- T’es sûr que ça va ? T’as parlé aussi…tu disais des noms d’animaux…
- Cécile, écoute-moi, devant toi, je fais une promesse, si un jour je l’oublie, rappelle-la-moi !
- Bien sûr mon chéri, laquelle ?
- Jamais plus je n’irais chasser !

  

24.11.2006

Colombe

La vie se charge toujours de tracer la voie.

Nous ne pouvons qu’y mettre les pas.

Nos pensées sont une partie de la réalité et forment donc aussi le sentier.

On peut les observer mais non les contrôler.

Et la colombe ne choisit pas le vent ni ses ailes.

Mais quand elle a faim, elle cherche à manger.

Et moi, je cherche à avoir faim.

Mais c’est impossible à chercher.

Alors je reste ici les yeux ouverts.

Ecoutant le hasard et ma réalité, mon ventre et ma pensée.

Et les étoiles.

22.11.2006

Je cherche

Hier soir, les yeux ouverts, j’ai cherché.

Hier soir, les yeux fermés, je n’ai pas trouvé.

J’ai cherché l’importance, j’ai cherché la motivation.

Mais la vie, encore, me laisse impassible.

Quelle est ma place ? Mon détachement m’éloigne des autres.

Et je n’ai pas envie de te vendre un produit, ni d’être applaudi.

Alors, je me mets où ?

Ce matin, les yeux ouverts, je sens monter une puissance.

Mais elle n’a pas d’objet sur lequel se diriger.

Je suis seul, je cherche.

20.11.2006

Tiramisu

- Bon les filles, maintenant, c’est l’heure du gâteau ! J’espère que vous allez apprécier car ça n’est pas vraiment un gâteau traditionnel, je l’ai fait spécialement pour tes quatorze ans ma chérie !
- Oui, oui, d’accord, amène-le.
- Et voilà mon cœur, c’est un tiramisu fait maison, ça te plaît ?
- Oui maman, mais s’il te plaît, laisse-nous tranquille mes copines et moi, c’est mon anniversaire et tu m’avais promis que tu nous dérangerais pas…
- D’accord, d’accord, je vous laisse…


- Dis, Marta, elle est sympa ta mère, pourquoi tu veux pas qu’elle reste avec nous ?
- Je la supporte pas, depuis que je suis revenu vivre avec elle, elle m’énerve, il m’arrive même d’avoir des doutes sur le fait que je sois sa fille.
- Ton père, il te manque ?
- Oui, et puis toute la famille que j’ai laissée en Italie, ça me dégoûte, ça fait plus d’un an et je n’y suis pas encore retournée, elle me l’interdit, faut croire qu’elle a peur que j’y reste définitivement. Heureusement qu’il y a vous, mes trois seules copines que j’ai réussi à me faire.
- Moi, je trouve que tu dois lui laisser une chance à ta mère, j’veux dire, c’est ta mère quand même…
- Je sais Sarah, je sais…Il est vraiment dégueu son tiramisu, j’arrive même pas à en prendre une bouchée.
- Mais si, il est bon le tirumasou, moi j’aime bien…
- Le TI-RA-MI-SU Mathilde, le tiramisu !
- OK, OK, t’énerve pas Marta, je connaissais pas la cuisine italienne avant de te connaître, moi…
- Excuse-moi, je suis pas d’humeur à fêter mon anniversaire en fait.
- Mais si, il faut faire un effort, c’est tout…
- Mais je peux pas m’empêcher d’être naturelle, c’est comme ça.


- Alors les filles, ça vous a plu ?
- Oui madame, c’était très bon !
- Et toi ma chérie ? Oh, mais je vois que tu n’y a pas touché…
- Il est dégueulasse ton tiramisu !
- A ce point-là ? Et bien pour une première, c’est une première raté à ce que je vois.
- Je suis sûre que tu l’as fait complètement n’importe comment ! T’as bien utilisé du mascarpone, hein !?
- Euh…oui c’est le fromage italien, c’est bien ça ?
- T’a mis du marsala ?
- Euh…à vrai dire non, mais j’ai remplacé par de l’amaretto, il paraît que ça convenait aussi.
- Ouais, ouais, j’suis sûre que t’a pas mis les bons biscuits, t’as mis des Pavesini ?
- Euh…non, je n’en ai pas trouvé, j’ai mis des biscuits à la cuillère à la place.
- T’as utilisé du café serré ?
- Non plus, je n’ai pas encore la bonne cafetière, mais c’est une idée pour un futur cadeau que tu aurais à me faire, tu sais, c’est dans pas longtemps la fête des mères…
- En tout cas, je sais maintenant pourquoi il était pas bon ton tiramisu !
- Mais tu n’as même pas goûté, comment tu pourrais le savoir ! Hein !? Regarde tes copines, elles ont tout fini ! Fais l’effort de goûter au moins…
- Mais oui, vas-y Marta, tu vois pas qu’elle veut te faire plaisir ta mère ? Essaie-le au moins, moi j’ai adoré, c’est pas forcément les ingrédients qui jouent, c’est surtout la façon dont on le prépare…
- Ouais, ouais, je sais, Mathilde, je connais le refrain, l’important c’est que c’est fait avec amour, etc.…
- Ben alors, si tu le sais, goûte au moins un peu l’amour de ta mère.
- Bon, d’accord, d’accord, je vais goûter…
- Alors ?
- Ben, je dois admettre qu’il est pas mauvais ce tiramisu….

19.11.2006

Voyons, voyons

- Salut Manu !
- Salut, viens, entre.
- Eh bien…je vois qu’il a pas changé ton appart, toujours aussi moche !
- Arrête de déconner, le tien est pas mieux, je t’offre une bière ?
- Une seule ? Tu serais devenu radin ?
- Arrête de déconner Raoul, me fait pas rire ! Ca me fait mal au bide !
- OK, OK…alors, toujours occupé d’espionner la belle inconnue de l’immeuble d’en face ? Ca fait plus d’un an …tu te lasses pas ? Tu lui as déjà parlé depuis ma dernière visite ?
- T’es fou ! Elle risque de fermer ses rideaux si elle sait que quelqu’un la regarde.
- Mais t’es pas obligée de lui dire, nigaud !
- Toute façon j’ai pas envie de lui parler, j’connais déjà tout d’elle, son emploi du temps, ce qu’elle prépare à manger, sa façon de marcher, de s’habiller. J’aime la regarder traverser l’esplanade, un vrai spectacle !
- Mais t’es complètement obsédée par cette femme mon vieux ! Tu te ruines pour elle en plus, d’abord des jumelles et maintenant je vois un télescope braqué sur ces fenêtres, ça a dû te coûter la peau des miches !
- Arrête de déconner Raoul, c’est parce que j’suis passionné par l’astrolonomie..euh…l’astronogie…euh…enfin, tu sais, les étoiles, quoi…
- Ouais, surtout une ! Elle a même l’air de briller plus que celles du ciel hein, mon ami !
- Arrête, tu me fais rire, ça me fait mal au bide !
- Ouais, c’est ça, tu ferais mieux te faire opérer, c’est peut-être grave, mais j’suis sûr que t’as peur de devoir quitter ton lieu d’observation. Sacré con va !  
- Arrête de déconner Raoul, j’suis pas con ! J’me suis fait une séance d’abdos intensive tout à l’heure, j’suis pas malade ! Mais toi ? comment ça va avec ta femme au fait ?
- Elle s’est barrée !
- Et les chiens ??
- Désormais, c’est son problème, plus le mien.

 

( Consigne 34 de ce site

14.11.2006

Curseur

Démarrage en côte. Risque de recul.

Quand je me concentre pour écrire, les images passées s’invitent.

Un vélo. Un trajet. Une pause. Un arrêt. Un libraire. Une revue. Un camping.

Et le présent, n’est qu’un instant.

Peut-on écrire mieux qu’oralement on s’exprime ?

Peut-on écrire mieux qu’on pense ?


Les deux mains sur mon visage, le curseur clignote.

12.11.2006

Le croque-mitaine

- Dis papa, tu me racontes une histoire ?
- Bien sûr ma chérie, je vais aller border ton petit frère et puis je reviens. Installe-toi déjà sous tes couvertures, j’arrive.

L’homme embrasse son fils, passe par le salon, surprend par un baiser sa femme installée dans le canapé devant la télé, boit une gorgée du vin sur la table basse posé, puis se dirige vers la chambre de sa fille tout en réfléchissant à l’histoire qu’il va devoir inventer.

- Je suis là mon cœur, prête pour l’histoire ?
- Ouiii
- Le temps d’allumer la petite lumière, d’éteindre la grande, voilààà. Je suis à toi.
- Je veux une histoire qui fait peur, j’ai 7 ans, je suis grande maintenant !
- D’accord, d’accord, laisse-moi réfléchir deux secondes…

Deux secondes passent.

- C’est bon ? T’as réfléchi ?
- Euh…Pas vraiment…mais tu as raison, commençons.
- Je veux que dans mon histoire, il y a le croque-mitaine !
- Tu veux qu’il y ait le croque-mitaine, tu n’auras pas peur ?
- Nooon. J’aurai pas peur !

- Bon…..Alors…..Il était une fois un très très méchant croque-mitaine qui habitait dans une grande forêt où personne n’osait s’aventurer. A l’orée de la forêt, vivait une famille composée du père, bûcheron, de la mère et de leurs huit enfants.
- C’est quoi l’orée ?
- L’orée ? C’est le bord. La famille vivait au bord de la forêt dans laquelle était située la cabane du croque-mitaine qui faisait peur dans tous les villages à cinquante kilomètres à la ronde. On disait qu’il tuait et mangeait toutes les personnes qui osaient pénétrer dans sa forêt. Or, le père, qui était bûcheron, était obligé d’aller dans la forêt car il devait couper du bois.
- C’était des filles ou des garçons les enfants ?
- Le bûcheron avait quatre garçons et quatre filles. Chaque jour, il allait couper du bois, mais il restait toujours à l’orée de la forêt pour ne pas être repéré par le croque-mitaine. Le père racontait souvent à ses enfants, le soir venu, autour de la cheminée, la fois où il avait vu le croque-mitaine non loin de sa cabane, située en plein milieu de l’immense forêt. Il leur disait qu’il avait eu très peur mais qu’il n’avait fait aucun bruit et qu’il avait pu s’approcher de la cabane quand le croque-mitaine y était retourné. Et ce qu’il avait vécu là était absolument terrible, disait-il à ses enfants qui avaient des frissons rien que de l’entendre. Le père prenait alors une voix grave : « J’ai entendu par une fenêtre ouverte de la cabane, le croque-mitaine parler à voix haute du menu qu’il allait faire. » Le père énumérait alors la liste de la préparation restée gravée dans sa mémoire, avec la voix du croque-mitaine : Deux pieds d’enfant, un bras de bûcheron, une oreille de grand-mère, et cetera, et cetera. La liste était longue et les enfants du bûcheron, écoutant cette histoire, étaient terrifiés. Un beau jour,….

Le père, surpris mais ravi, constate que la petite est endormie. « Elle, elle ne l’est pas : terrifiée. » se dit-il dans un sourire. Il est ravi car la fin de l’histoire qu’il a en tête à ce moment-là ne lui semble pas excellente. Et il a un jour de plus pour y réfléchir, à la suite de cette histoire, car il le sait, sa fille la lui réclamera. Avant de rejoindre son épouse, il embrasse tendrement ce petit être adoré bercé par les bras de Morphée.

 

 

( Thème de la semaine de ce site

11.11.2006

Phrases

Hier est important car existe l’aujourd’hui.

Mémoire d’un temps où je n’existais pas.

Œil jeté sur la vie borgne.

Quand les hommes sont aveugles, la vie se noie.

Phrases qui sonnent à ma porte, auxquelles j’ouvre.

Souvent je suis sans voix.

Les mots : nos instruments ; mais chacun son style.

Minimalisme.

10.11.2006

Comme moi

Pesanteur. Mes mots sont-ils fatigués ?

Ils ne sont que le reflet, le miroir de ce qui se passe en moi.

D’où me vient cette envie d’aimer ? Moi, le détaché.

Un loup est venu me trouver. Il m’attire. J’ai envie de lui parler.
Je ne demande pas qu’il me réponde, juste qu’il me dise s’il m’entend.

Existe-t-il quelqu’un fait pour converser, échanger, partager, être avec moi ?
Car comme moi. Existe-t-il quelqu’un comme moi ?

Les mots peuvent nous transformer en toutes les choses du monde.

A mon tour de parler. Puis d’écouter. Puis de me taire pour apprécier.

Les mots construisent l’image. Celle qui en vibrant t’atteint.

Et je me détache. Suis-je encore quelqu’un ?

Toutes les notes