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12.12.2006

52 mots nouveaux

Voici un texte pour lequel la contrainte que je me suis imposée était celle-ci : tout d'abord, choisir dans le dictionnaire 52 mots ( deux par lettre de l'alphabet) qui m'étaient inconnus; puis les réunir en un seul et même texte, une seule et même histoire.

 

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« À dieu vat ! » me suis-je entendu crier, accroché au bridon de mon cheval, redoutant qu’il ne s’enlise dans la bourbe de ces eaux stagnantes. Voilà six heures que je chemine à travers forêts et prairies mais je suis inquiet pour ma monture qui obstinément refuse de se désaltérer, souffrirait-elle d’adipsie ? d’un mal unguéal ou alors d’épuisement ? Le marais que nous venons de traverser fut pourtant le seul véritable effort fourni, moi qui, depuis ce matin, marche à ses côtés.

Les frusques que je porte montrent une bien mauvaise image du médecin que je suis. Au prochain village, pour qui me prendra-t-on ? pour un de ces godelureaux déchus ou alors pour un gobe-mouche assez sot pour s’être vu vendu un canasson malade. Mais qu’ai-je à faire du qu’en-dira-t-on ! ma route est encore longue, que m’importent les mauvaises langues, les picadors, zoïles et autres déprédateurs ! Aucun obstacle ne m’arrêtera ! Foi d’obstiné !

C’est la dilection pour ma bien-aimée, encore de moi si éloignée, qui me fait avancer. J’aurai besoin d’exciper de toute mon équanimité, légendaire en mon pays, pour traverser ces terres ennemies. De mes voyages et explorations passés, je suis riche ; des contrées traversées dans ma jeunesse, des animaux, plantes et habitants rencontrés, je puise ma force. Tel un labbe, je survole les embûches, telle la cistude, je me protège dans ma carapace, tel le xylocope, je voyage seul et du xérus j’ai la ruse.

Il est l’heure de trouver un endroit où passer la nuit, de permettre à ma jument de retrouver quelques forces. Au prochain hameau, il me faut trouver une auberge. Une partie de la précieuse étoffe en coton jumel rouge cinabre, seule richesse dont je dispose, me permettra de me payer un bon repas. Ne devant plus être très loin du Léman, un féra fera l’affaire, arrosé de quelques gouttes de rancio, ce menu sera un festin !

Ce matin au réveil, j’étais encore tout entier dans le cauchemar de la nuit : j’étais poursuivi par une dizaines de korrigans et de leurs nervis armés de yatagans dans une forêt de wellingtonias ; arrivé à une grotte, des milliers d’ixodes se mirent à me mordre la peau en mille endroits différents si bien que j’étais cloué sur place de douleur, menacé et rencogné par mes poursuivants au fond de la grotte, pour moi devenue mon éternel hypogée ; puis, un joueur de marimba sur un siège en iroko, à l’abri d’un néflier, me fit un clin d’œil et c’est au moment où, s’étant levé, il se dirigeait vers moi que j’ouvris les yeux sur la tranquille réalité de ma chambre. En descendant pour prendre congé, le tenancier m’annonça que mon cheval était mort pendant la nuit. Ce fut bien la pire matinée depuis le début de mon équipée.

Bref, me voilà, à pied, sans compagnons, sur les routes, direction l’Italie, obsédé par les vénustés de ma chère et tendre que je m’empresse de rejoindre, la sachant souffrante et me réclamant.

Oh mon cœur, pour toi, je cueillerai toutes les fleurs de la Terre qu’elles soient lisses ou hispides, blanches ou du jaune de la quercitrine. Je tairai mon quant-à-soi pour crier sur tous les toits mon amour pour toi. Des orteils au vertex, mon corps appartient au tien. Notre amour est plus fort que celui de tous les univitellins réunis, mon cœur rebondit plus fort que la balle des pelotaris !
Oh ma mie, pour toi, j’achèterai les cosmétiques à la lanoline les plus onéreux, les parfums aux fèves de tonka les plus précieux, les makimonos des peintres orientaux les plus beaux.
Je traverserai les sebkas sahariennes pour retrouver les boissons les plus anciennes tels l’oxycrat grec et le zythum égyptien. Je t’emmènerai goutter les yakitoris dans ce pays où les yeux rient !
Je te construirai le plus beau des jubés pour qu’on puisse, tels les Turcs, y savourer le kief.
Oh oui, et puis j’apprendrai le wolof et l’ourdou , pour te dire en ces langues que de ton âme je suis fou.
J’ouvrirai des speakeasies là où notre amour est prohibé, je contrerai les tenderies de ceux qui veulent nous empêcher de voler.

Je me réjouis de chaque pas car il me rapproche de toi.

Commentaires

C'est magnifique, quel talent ! Je l'ai lu à voix haute, sans dictionnaire à portée de main, je n'ai pas compris tous les mots mais, je dois dire qu'en plus d'avoir réussi ton défi haut la main, tu as écris un texte plein de poésie, de rimes et de mélodies. Merci !

Ecrit par : Lorraine | 13.12.2006

T'as réussi un exercice que j'ai souvent foiré :) Bravo.

Ecrit par : ¤Lou¤ | 13.12.2006

Merci !! :-)

Ecrit par : cedric | 14.12.2006

C'est vraiment trop fort cet exercice de style! Tu connais ceux de Perec ou Queneau? On en parlera un jour si tu veux! ;) Mais en tout cas, bravo à toi, tu as réussi l'exploit d'écrire quelque chose d'à la fois beau et drôle!

Ecrit par : céline | 18.12.2006

Merci, Céline.

Oui, j'en connais quelques-uns. Perec a d'ailleurs créé l' Oulipo, si je ne me trompe.

Ecrit par : cedric | 19.12.2006

Connais-tu cette chanson de Carla Bruni " Promises Like Pie- Crust" ?

Si ton amour est à la hauteur de cet exercice d'écriture , alors ta "mie " a bien de la chance.

Si tu as encore envie de tels exercices, je te propose les dix mots de la semaine de la francophonie avec lesquels les élèves devraient écrire un texte de lix lignes qui allient qualités littéraires et contenus scientifiques et techniques.

Voilà les dix mots:

amour, mètre, valser, passe- partout, bizarre, bachi- bouzouk, chic, abricot, bijou, clown .

Bonne journée :)

Ecrit par : Dana | 15.03.2007

Merci Dana, non je ne connais pas cette chanson de Carla Bruni.

Et non, je n'ai pas de "mie" à qui offrir "mon amour"...mais "offre"-t-on jamais de l'amour ? Est-ce une matière l'amour? est-ce que ça s'offre ?...non...Bien-sûr que non...l'amour ça ne peut que se vivre...

Ecrit par : cedric | 16.03.2007

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