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27.12.2006

Lettre

À cette âme inconnue qui peut-être n’existe pas,

Dans mes pensées je te vois. Par cette lettre, je m’adresse à toi.
Détaché de l’amour, je n’ai pas besoin de toi ; tu n’es pas une moitié, nous sommes deux tout.
Deux êtres comblés avant même de se rencontrer, inondés du bonheur d’être en sa propre compagnie. Je ne réclame rien, je te laisse me donner. Tu ne me demandes rien, tu me laisse t’offrir. Des gestes, des présences, des pensées, des absences, des caresses, des objets. Immatériels, concrets, comme le ciel, un secret.

Surtout deux corps, deux chimies. Tes courbes, mes troubles. Une attraction corporelle dont la raison est le maître. Indépendance et liberté. Filles du détachement et de la tranquillité.

Des sourires, un air pur. Des larmes d’une eau pure. Pieds sur terre, mains jointes. Douceur du feu d’une étreinte.

Si tu vis, je sais que tu penses à moi et tu sais que je pense à toi. Peut-être un jour, on se reconnaîtra.

18.12.2006

Noël 85

Je n’ai jamais oublié ce jour de Noël 85. Mes parents, mon petit frère, mes deux tantes, trois cousines,  mon grand-père, un oncle et moi-même étions réunis dans notre salon autour d’une superbe table décorée joliment par maman. J’étais alors adolescente et Noël avait à mes yeux toujours été gâché par le fait que j’étais née le même jour qu’un certain Jésus.

On m’avait dit depuis toute petite que ce jour-là, j’aurais droit à deux fois plus de cadeaux que mon frère né en avril, or selon moi, ce ne fut jamais la cas. Dans ma petite enfance ç’avait été les pleurs qui avaient suivi immanquablement l’ouverture des cadeaux disposés au pied du sapin, en ce jour de fin d’année 1985, qui m’avait vu atteindre l’âge de quinze ans, c’était le mot ‘Injustice’ qui roulait telle une bille dans ma tête creuse. J’intériorisais le camouflet, je masquais l’affront.

Je répondais « oui » quand on me demandait si de mes cadeaux j’étais satisfaite, je me tenais correctement à table, comme une fille dont on voyait qu’elle était sortie de l’enfance, je faisais bonne figure au repas qui suivait le rituel matinal d’ouverture des paquets. Mais le destin avait décidé de convier à cette journée festive une invitée inopportune qui devait me marquer profondément.

Mon grand-père, comme je l’avais toujours vu faire, décida de se reposer dans le fauteuil après le festin, en attendant le café. Et comme je l’avais toujours vu, il ferma les paupières, fatigué de la dégustation des savoureux mets. C’est au moment où on demanda à mon petit frère de réveiller le grand-père que ma vie prit un tournant.

«  Maman, j’ai beau le secouer, pépé il est très fatigué, il veut pas se réveiller ! » Je vous épargne la suite, vous l’aurez deviné, c’est la mort qui s’était invitée.

Depuis ce jour, le mot ‘Injustice’, appliqué à ma vie d’enfant gâté, s’est évaporé. Chaque Noël depuis celui qui m’a vu ravir cet être aimé, je pense à lui et à la stupidité de mes pleurnicheries pour un jouet, de matériels objets !  Le vrai cadeau, c’est de retrouver autour de la table, les êtres aimés, ceux qui, demain peut-être, vont nous quitter.



 

( Thème de la semaine

14.12.2006

Saint-Barth.

- Je crois bien que j'ai attrapé un coup de soleil.
- Je t’avais dit d’appliquer davantage de crème solaire sur ta belle peau, mais m’écouter, pour toi, ça serait trop.
- Arrête de faire des rimes, tu sais que ça m’énerve et puis j’en ai marre moi que tu me ramènes toujours ta science. C’est pas parce que j’suis plus jeune que j’suis plus bête ! 
- Ok, mon bébé. Allez, il est encore tôt, reviens te coucher auprès de ton tigre sauvage.
- D’accord, mais pas longtemps, j’ai envie de profiter de la plage, une lune de miel c’est fait pour ça, j’ai pas envie de m’accroupir dans cette chambre d’hôtel pendant deux semaines !
- Croupir, ma douce, croupir…
- Oui, croupir, d’accord. En tout cas, j’adore cette île, c’est vraiment un paradis.
- Je te l’avais dis, non?….Oh mais montre-moi ça de plus près, c’est vrai que c’est rouge, laisse-moi te soulager par mon souffle léger par mes lèvres sur tes fesses dirigé.
- Hum, ça fait du bien, en tout cas, je te promets que j’ai retenu la leçon ! Tu m’aideras, dis, mon lapin, à me mettre de la crème ?
- Bien sûr ma sirène.
- Quand je pense à la tête de mes copines quand je leur raconterai ce voyage….j’ai trop hâte de leur dire : Saint-Barth., le sable fin, la mer transparente, le buffet à volonté, les cocktails, le soleil…
- Et…
- Et ?!
- Et…
- Ouiii, et toi mon prince, mon Dom Juan, la source de tous mes plaisirs, mon mari ! Je suis bien dans tes bras.
- Moi aussi ma jolie !
- Dis, j’ai une question, c’est quoi ce tableau là, il est beau mais elle tient quoi la fille ?
- Ahhh, bonne question, ça me permettra d’introduire les événements à venir.
- Quels événements ?
- Rapproche-toi du tableau et regarde bien ce qu’elle tient dans sa main.
- Heu…Hein ?! Mais c’est horrible, c’est un pied !! Quelle idée de mettre ce tableau dans cette chambre ! C’est une honte !
- Reviens t’allonger à mes côtés, je vais t’expliquer…Ça s’appelle une allégorie, tu sais ce que c’est ?
- Halle Gory ? Je connais Halle Berry mais pas Halle Gory !
- Non, c’est un message, un message que le peintre à voulu faire passer grâce à ce tableau. Qu’est-ce qu’elle prend dans sa main ?
- Elle prend son pied...( de longues secondes passent )...AAAHH !! J’ai compriiis ! J’adore ce tableau !
- Et la suite des événements…(bisou sur cou, bisou sur joue)…c’est que c’est à notre tour de le prendre, notre pied !


 

( Consigne 36

12.12.2006

52 mots nouveaux

Voici un texte pour lequel la contrainte que je me suis imposée était celle-ci : tout d'abord, choisir dans le dictionnaire 52 mots ( deux par lettre de l'alphabet) qui m'étaient inconnus; puis les réunir en un seul et même texte, une seule et même histoire.

 

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« À dieu vat ! » me suis-je entendu crier, accroché au bridon de mon cheval, redoutant qu’il ne s’enlise dans la bourbe de ces eaux stagnantes. Voilà six heures que je chemine à travers forêts et prairies mais je suis inquiet pour ma monture qui obstinément refuse de se désaltérer, souffrirait-elle d’adipsie ? d’un mal unguéal ou alors d’épuisement ? Le marais que nous venons de traverser fut pourtant le seul véritable effort fourni, moi qui, depuis ce matin, marche à ses côtés.

Les frusques que je porte montrent une bien mauvaise image du médecin que je suis. Au prochain village, pour qui me prendra-t-on ? pour un de ces godelureaux déchus ou alors pour un gobe-mouche assez sot pour s’être vu vendu un canasson malade. Mais qu’ai-je à faire du qu’en-dira-t-on ! ma route est encore longue, que m’importent les mauvaises langues, les picadors, zoïles et autres déprédateurs ! Aucun obstacle ne m’arrêtera ! Foi d’obstiné !

C’est la dilection pour ma bien-aimée, encore de moi si éloignée, qui me fait avancer. J’aurai besoin d’exciper de toute mon équanimité, légendaire en mon pays, pour traverser ces terres ennemies. De mes voyages et explorations passés, je suis riche ; des contrées traversées dans ma jeunesse, des animaux, plantes et habitants rencontrés, je puise ma force. Tel un labbe, je survole les embûches, telle la cistude, je me protège dans ma carapace, tel le xylocope, je voyage seul et du xérus j’ai la ruse.

Il est l’heure de trouver un endroit où passer la nuit, de permettre à ma jument de retrouver quelques forces. Au prochain hameau, il me faut trouver une auberge. Une partie de la précieuse étoffe en coton jumel rouge cinabre, seule richesse dont je dispose, me permettra de me payer un bon repas. Ne devant plus être très loin du Léman, un féra fera l’affaire, arrosé de quelques gouttes de rancio, ce menu sera un festin !

Ce matin au réveil, j’étais encore tout entier dans le cauchemar de la nuit : j’étais poursuivi par une dizaines de korrigans et de leurs nervis armés de yatagans dans une forêt de wellingtonias ; arrivé à une grotte, des milliers d’ixodes se mirent à me mordre la peau en mille endroits différents si bien que j’étais cloué sur place de douleur, menacé et rencogné par mes poursuivants au fond de la grotte, pour moi devenue mon éternel hypogée ; puis, un joueur de marimba sur un siège en iroko, à l’abri d’un néflier, me fit un clin d’œil et c’est au moment où, s’étant levé, il se dirigeait vers moi que j’ouvris les yeux sur la tranquille réalité de ma chambre. En descendant pour prendre congé, le tenancier m’annonça que mon cheval était mort pendant la nuit. Ce fut bien la pire matinée depuis le début de mon équipée.

Bref, me voilà, à pied, sans compagnons, sur les routes, direction l’Italie, obsédé par les vénustés de ma chère et tendre que je m’empresse de rejoindre, la sachant souffrante et me réclamant.

Oh mon cœur, pour toi, je cueillerai toutes les fleurs de la Terre qu’elles soient lisses ou hispides, blanches ou du jaune de la quercitrine. Je tairai mon quant-à-soi pour crier sur tous les toits mon amour pour toi. Des orteils au vertex, mon corps appartient au tien. Notre amour est plus fort que celui de tous les univitellins réunis, mon cœur rebondit plus fort que la balle des pelotaris !
Oh ma mie, pour toi, j’achèterai les cosmétiques à la lanoline les plus onéreux, les parfums aux fèves de tonka les plus précieux, les makimonos des peintres orientaux les plus beaux.
Je traverserai les sebkas sahariennes pour retrouver les boissons les plus anciennes tels l’oxycrat grec et le zythum égyptien. Je t’emmènerai goutter les yakitoris dans ce pays où les yeux rient !
Je te construirai le plus beau des jubés pour qu’on puisse, tels les Turcs, y savourer le kief.
Oh oui, et puis j’apprendrai le wolof et l’ourdou , pour te dire en ces langues que de ton âme je suis fou.
J’ouvrirai des speakeasies là où notre amour est prohibé, je contrerai les tenderies de ceux qui veulent nous empêcher de voler.

Je me réjouis de chaque pas car il me rapproche de toi.

10.12.2006

Arrêtez...

Arrêtez. Arrêtez tout ! Accordez-vous les lignes qui suivent. Allez-y à votre aise. Reportez ce que vous étiez dans l’intention de faire avant de tomber sur ces mots. Prenez ce temps. Doucement, tout doucement, lisez-les, à votre rythme. Sans être pressé. Sans en oublier un. Ni celui-ci. Ni celui-là. Vous êtes arrivé jusqu’ici, ce serait bête d’en rester là. Lire cesse d’être un effort, devient une respiration, la vôtre. Pas si vite. Ralentissez. Des mots jusqu’au silence. Le silence de votre esprit, sans cesse affairé, et ses affaires, ce sont les pensées. Le silence autour de vous, malgré le bruit, malgré les questions par vous et à vous posées. C’est bien de ne pas avoir abandonné. C’est un signe, indice, témoin. De quoi ? Laissons les questions de côté, les : « mon portefeuille, trousseau de clé, amour, père, espoir, but, dieu, intérêt, si je savais où il est ! » Je suis, écrivant, dans le même rythme que vous, lisant. C’est une musique silencieuse et intime. Pour chacun d’entre vous différente. C’est la musique des mots qui par vos yeux passent au cerveau. Ce ne sont pas mes mots, ni les vôtre, ce sont ceux de l’endroit où votre regard se pose. Cet endroit est unique. En prenez-vous doucement conscience ? Ce n’est pas une question à laquelle il faut trouver une réponse. Car une réponse n’est pas une prise de conscience. Des millions d’yeux ont parcouru des lignes mais il n’y a que vous, en cet endroit, en cet instant, qui parcourez celles-ci. Vous en prenez doucement conscience. L’instant n’est ni mot ni concept, il est la vie. Prendre conscience d’être en vie, c’est se reculer de nos pensées. Faire un pas de côté. Lire ces lignes à son rythme. Enfin respirer.

 

 

(Thème

06.12.2006

Altière

La page blanche m’aspire tel un trou noir. Or plus je la souille, plus éclate à mes yeux sa blancheur, plus les lettres que j’y inscris me crient leurs malheurs.
La page blanche demeure, altière. Face à elle dans une étreinte fusionnelle. Mieux qu’un duel : un échange, de son éclat je puise ma force, grâce à moi sa révélation elle amorce.

Un cri. Net. Précis. Une onde fend l’air. Un tympan résonne. Un influx bioélectrique crée le son. La tête se tourne. Une vision. Nette. Précise. Des photons fendent l’air. Deux rétines s’impressionnent. Par le nerf oculaire, l’info permet au cerveau de créer la vision. Celle d’un homme à terre. Ensuite vient l’émotion.

04.12.2006

Parenthèse

Une fièvre entre parenthèses.
Téléguidé, dépossédée, déconnectés, je suis, tu es, nous sommes.

Etage supérieur. Vers lequel, excité, on monte puis duquel, raisonné, on descend.
Physiologiquement, je peux très bien vivre sans. Psychologiquement, ça dépend.

Si c’est toi et si t’es là :
Vers ta nudité ou tes quelques grammes de dentelles ou tes vêtements, mon corps se tend.
Et le tien vers moi, réciproquement.

Deux corps alors se découvrent, s’étudient, le temps s’abolit, nos esprits sont conquis.

Déshabiller ta nudité. Par le corps, par les yeux, par le goût, par le son de ton âme.
Habiller ta peau. De mes lèvres, de mes mots, de mes caresses, de ma langue, sans cesse.

Couvrir ton corps d’étoiles. Filantes. Bientôt la descente. Se ferme la parenthèse.

A nouveau civilisés et apaisés, peut-être épuisés, nous retrouvons nos humanités.

 

 

 ( Thème de la semaine )

01.12.2006

Savane

Les brindilles gorgées de soleil cèdent sous le pied. La démarche est lente, l’air sec. Les rayons inondent le dos nu d’une douce sensation. Les herbes hautes caressent les genoux fléchis. L’œil scrute au loin le paysage par la chaleur déformé. Savane.

Zéphyr. Les doigts frôlent la flore. L’instinct est en mode survie. Point d’eau providentiel, échassier égaré compagnon d’étanchement. Envol soudain, rêve de le suivre.

Encore un pas qu’elle ne compte pas. La nature voit l’humanité s’éveiller. Les paupières sont lourdes. Besoin à cet arbre de s’adosser. Ecorce, doux oreiller. Feuillage, ombre rassérénante.

La pensée est imagée. Le rêve particulier. Le sommeil léger. Retour à la station debout. Frugalité d’un repas trouvé ça et là. Continuer. Aube d’une marche effrénée.

Le jour entame sa descente. L’astre lumineux est maintenant devant. Le visage se ride, la tête se courbe. La nuit, bientôt, va tomber, elle aussi, elle le sait. Le bleu ciel laisse la place aux couleurs du soir. Comme chaque jour, elle voit ce qui n’est pour elle pas un spectacle.

L’endroit où elle s’est endormie, avec soin elle l’a choisi. Les étoiles, comme chaque nuit, lui tiennent compagnie. Cette nuit sera sa dernière, elle le sait. Les années ont été nombreuses. Le temps est venu de rendre ses sens à la terre.

Réveillée par la fin. Elle voit des images tranquillement passer devant ses yeux. Visages de compagnons de route, visages de sa progéniture, paysages de ses parcours, les commissures de ses lèvres s’écartent pour former ce qu’on nommera : sourire.

C’est à son tour de partir. De restituer les atomes de son corps à l’univers. Son dernier regard aura été pour la lune.

Celle qu’on retrouvera, celle qu’on appellera Lucie est morte pendant la nuit.

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