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24.03.2007
Moi et toi
On ne se souvient de personne. On ne vit que sa propre vie. Finitude et détachement.
Je ne saurai jamais qui tu es, toi, l’autre, dans cet autre corps. Il n’y a que moi qui sais que j’habite le mien. J’aurais beau le crier sur tous les toits, vous ne verriez qu’un corps qui crie sur un toit. L’être humain ne vit que par lui.
J’ai eu beau être né, jamais pour personne je n’aurai existé. Non pas que d’autres n’aient vu mon enveloppe, mais personne n’a jamais su qui y était. Même nos plus proches sont inaccessibles. Notre cerveau fabrique un puzzle du père, de la mère, du frère, de la sœur, de l’ami, du voisin, un puzzle de sons, de visions, de sensations, d’émotions, de réactions. Mais le puzzle reste un puzzle, qui est cette âme qui vit ? elle seule le sait mais ne peut le communiquer. Elle a beau dire un nom, un prénom, un lieu de naissance, un sexe, ce ne sont que des mots ; l’identité reste une image, la vérité est l’existence qui vit, pas celle que de l’autre notre cerveau se fabrique.
Soi-même on a pas de questions à se poser, on a pas à s’identifier, l’identité, c’est pour les autres, soi-même, on vit : richesse ultime. Peu importe le geste, peu importe la parole ; ni cause, ni effet, ni début, ni fin, en cet instant j’existe.
La seule chose dont je suis sûr, c’est moi. ‘Toi’ tu existes en des milliards d’exemplaires, tu étais là avant, tu seras là après quand j’aurai cessé d’exister. Le bonheur, c’est quand rien ne dérange, l’amour, c’est de la sensation, de la corporelle invention pour la pérennité d’homo sapiens.
Et pour moi, peu importe la pérennité d’homo sapiens. Il y a longtemps, il y était pas, dans longtemps, il y sera plus, la seule chose qui existe, c’est toi et moi.
Toi, tu vas du bébé au vieillard et tu as toute ma bienveillance. Lui, c’est toi ; vous, c’est toi ; eux, c’est toi ; nous, ça existe pas…même si par ces mots un lien s’est créé.
16:30 Publié dans Mon monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, mon monde, identité
15.03.2007
Densité lourde
« Il faut que je vous dise…j’ai menti ! »
Malgré le léger trouble que cette phrase provoque en moi, je ne cille pas, je suis depuis trop longtemps à la crim pour me laisser abuser aussi facilement.
« A quel propos ? L’endroit où tu as déposé le cadavre ?
- Non, à propos du fait que je l’ai pas tuée, la petite !
- Et tes aveux ? Tu les oublies ? Ça marche pas avec moi ce petit jeu-là. Allez, c’est ta dernière chance de montrer un peu de courage dans toute cette sale affaire, manque pas cette unique possibilité.
- J’ai rien fait. On m’a extorqué les aveux. C’est toi qui dois faire preuve de courage et m’écouter, j’suis sûr que tu connais l’affaire Dils…
- Il avait 17 ans, t’en as le double. Oublie pas que tu as dit vouloir tout déballer pour soulager ta conscience, juste avant de passer aux aveux. Tous les indices dont on dispose peuvent servir de preuves devant un tribunal, il ne manque plus que le corps, joue pas au plus malin… »
Je le regarde baisser la tête devant cet étang où il nous a amenés. Le soleil, à cet instant bien haut dans le ciel, donne à l’air une densité lourde qui m’étouffe, je me sens mal à l’aise avec ce meurtrier à mes côtés dans ce cadre si beau et si tranquille où j’aurais pu venir me promener avec ma petite-fille. Non…ne pas mêler des images de bonheur avec ces horreurs…séparer mon boulot et ma vie en dehors…mais y’a rien à faire, à chaque affaire je pense aux miens…trop douloureux…laisser ma petite-fille en dehors de tout ça bon sang !
« J’ai faim, j’veux m’en aller, je l’ai pas tuée. »
Il a l’air décidé à ne pas coopérer cette fois-ci. Il va falloir le laisser réfléchir. Je sais qu’il va de toute façon finir par parler. Allez, en route.
« On y va les gars. Ramenez-le au fourgon. »
Je me retourne une dernière fois avant de quitter les lieux, j’aperçois au loin, à l’autre bord de l’étang, un petit objet qui flotte…ou plutôt…c’est…c’est ça…c’est une main d’enfant.
11:50 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, paroles plurielles, textes courts, nouvelles
05.03.2007
Persévérance
Ça fait huit jours exactement que j’ai franchi pour la première fois le seuil de cette maison que le destin m’a fait acquérir en m’endettant joliment pour vingt ans. Mais le destin a-t-il vraiment quelque chose à voir là-dedans ? C’est une lettre de mon arrière-grand-père qui a tout déclenché, pas celle d’un inconnu. Un hasard qui m’a fait ouvrir un coffre rempli de bouquins dans ce vieux grenier de la maison familiale. Une lettre à l’aspect inoffensif et anodin qui glisse d’un ouvrage de philosophie. Des mots écrits à l’encre du mystère. D’abord une adresse et puis ceci :
Là, se trouve la richesse en lingots, sous la cinquième dalle du sol de la cuisine, en partant de la porte extérieure. Persévérer est la clé.
Emile Rosert
Ça fait huit jours exactement que je creuse et je commence à regretter fortement qu’elle était à vendre depuis trois mois, cette maison, quelle bêtise d’avoir considéré cela comme une chance. Je n’ai rien trouvé sous la cinquième dalle, alors depuis sept jours, je creuse sous les autres, la cuisine est un vrai chantier. J’écris pour me soulager de la déception et de la colère que je ressens. Depuis une semaine, j’essaie de ne pas éveiller de soupçons dans le village, je tâche de m’intégrer, je dis que je rénove, que je fais des travaux , je mange au petit restau de la place, j’écoute les histoires de la bouche des anciens, je crois qu’on m’apprécie déjà un peu.
Persévérer est la clé. J’ai beau tourner et retourner depuis des semaines ces quatre mots dans ma tête, je n’en comprends pas le sens caché. A moins que ce soit littéral, auquel cas, devrais-je peut-être creuser plus profond ?
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Romain reprend sa bêche, décidé à un ultime effort. Arrivé à un mètre cinquante de profondeur, son outil produit un son métallique. Ça ne peut être qu’une seule chose : le trésor ! Il déterre une boite trop légère pour ne contenir même qu’un seul lingot. Quoi, tout ça n’était qu’une blague ? Il l’ouvre sans espoir, n’ayant plus rien à perdre. Encore un papier, une lettre de la même écriture que celle qui l’a fait creuser :
Bravo pour la persévérance. Le trésor c’est cette maison. Le jardin et ses fleurs. Les voisins et leur bonne humeur. Le soleil, au lever, la lune, au coucher, le ciel, la journée, les étoiles, la nuit. J’ai vécu ici des lingots de bonheur, seule véritable richesse.
Il reste coi quelques minutes, puis, très doucement, étincelant, un sourire se dessine.
11:29 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, nouvelles, paroles plurielles, trésor



