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24.04.2007

Ecrire comme

‘Ecrire comme’, c’est ne pas écrire. Ce que j’écris, il ne me faut l’avoir jamais lu encore, en tout cas, ne pas m’en souvenir. ‘Ecrire comme soi-même’, c’est encore ne pas écrire. Mettre de côté ce qui, déjà, a transité par son esprit, son corps entier. A neuf, dans la vieillesse des jours, vierge dans ce monde maculé des hurlements de l’humanité. Autant que possible, autant que la vie m’en a donné les facultés. Laisser les pensées lourdes décanter doucement afin d’en manipuler l’essence intrinsèque, l’originel nectar ; à chaque mot, de découverte en découverte. Ne jamais, jusqu’à cet instant précédent son précipité, avoir eu l’idée de cette pensée, chimie inorganique de la réflexion humaine. Être rempli de la somme de son passé et en même temps vide dans ce présent. Ecrire sans but à poursuivre, sans dessein. Simplement être en train d’écrire car être en vie. N’avoir plus en tête sa première phrase, déjà trop éloignée, n’avoir rien en tête sinon ce qui passe, cet influx primordial, primaire, authentique. Rien n’est alors superflu ou tout l’est, c’est du même au pareil et vice-versa. Laisser chaque envie, chaque pensée se succéder, sans en interdire. Se libérer des chaînes qui conditionnent ce qui est ou non autorisé. Tabous volatilisés, être humain debout, cerveau libre des regards et pensées d’autrui. Ultime réalité, écriture vérité. Ni demains ni hiers. Ecriture qui, ainsi la vie, ne sert à rien. Ne défend rien, n’attend rien, ne cherche ni la lumière ni l’ombre, ni le clair ni le sombre. Laissant simplement une trace des instants qui passent. Plénitude du vide.

16.04.2007

Un bus

Un bus, une nuit, en Tunisie
Réflexions astronomiques de fin de voyage
Une moiteur nouvelle, des profils humains.
Autre part, mais toujours sur place.

Toujours sur place, où que l’on soit, la vie passe, ne m’attend pas.
Grand échalas à la sensibilité inefficace, je m’efface.

Ne surtout pas s’incruster dans la vie comme s’incruste dans la roche un mollusque pétrifié.
Se faufiler. Renoncer aux contacts, aux responsabilités. Jouir du soleil tel le papillon qui jouit de la nuit. N’avoir pas le choix de sa personnalité.

15.04.2007

Dialogue

—  Dis-moi ! Dis-moi ! Faut en faire quoi ? de sa vie ?
— Ne pas attendre des autres les réponses à nos questions !
— Ouais mais moi, mais moi, on m’a pas donné le mode d’emploi d’la vie !
— La vie c’est livré sans emballage ni mode d’emploi !
— Et alors qui sait à quoi ça sert ?
— N’écoute jamais ceux qui prétendent le savoir, c’est des bobards !
— On naît, on vit, on meurt, sans jamais savoir ?
— On sait peu de choses en général.
— Mais moi, d’ici ma mort, j’fais quoi de ma vie ?
— C’est ton problème.
— Mais toi tu fais quoi de la tienne ?
— J’écoute les gars encore plus dans le brouillard que moi, ça fait se sentir savant !

03.04.2007

A l'intérieur

J’ai presque une heure d’avance, j’ai le temps d’aller me balader un peu dans le parc. J’aurais préféré rester tranquillement chez moi, voir du monde ça m’amuse pas. Quelle bêtise que ces anniversaires, c’est une journée ordinaire, pas la peine de s’exciter. Et puis cette manie des cadeaux, quelle futilité. Tiens ! il est bien imposant cet arbre. Y sont marrants les deux sur le banc. Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics lalala lalala. J’arrête sinon elle va pas cesser de me trotter dans la tête. Hmm ce soleil agréable dans le dos, cet air frais dans les poumons. J’aime pas le monde, j’ai toujours l’impression de pas être moi, d’être sur mes gardes, de penser à la place des gens que je rencontre, d’anticiper ce qu’ils pensent de moi, je me connais bien, c’est pour ça que je préfère la solitude : pas de pensées encombrantes, pas d’interférences, soi et la nature, c’est bien suffisant. Toujours à l’avance pour pas déranger ou me faire remarquer. Depuis que j’suis né, j’suis en retrait. Mes besoins en conversation sont limités. J’me sens parfois comme un type pieds nus au milieu d’une foule ayant les yeux dirigés sur ses pieds, et qui finit par ne plus voir que des chaussures tout autour de lui. Pourtant y’a rien de plus bête que de vouloir faire ‘comme les autres’ ! Ça sert à quoi ‘les autres’ ? A se faire aimer, remercier, plaisir. J’ai pas à m’excuser d’être comblé sans les autres. J’ai pas à me justifier. Le partage, c’est vrai, c’est important. Mais j’suis plutôt du côté de celui qui prend que de celui qui donne. Je prends en écoutant, en scrutant les comportements. J’ai toujours été du style à me contrôler, à anticiper, à craindre la nouveauté, à me contenter du présent. Bon allez, il est l’heure. J’ai pas envie d’être le dernier. Tiens ! elle avance d’une heure l’horloge de l’église. Mais merde, non, c’est moi qui aie oublié de changer d’heure. Tant pis, j’y vais pas, je lui avais de tout façon pas promis de venir. Pourtant j’aime bien les gens, mais j’attends rien d’eux. Par logique, je me dis qu’ils n’ont rien à attendre de moi. Les amoureux qui s'bécott'nt sur… 

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