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13.08.2007

L'amante religieuse

Le passé est un tas d’images stocké dans ce que les biologistes nomment le système nerveux central. Le mien est usé de se souvenir, mais certaines réminiscences sont plus douces que d’autres. Tel un bonbon toujours présent, à déguster à tout moment, le souvenir de mon amante religieuse est délicieux.

Durant une révolution entière de la Terre autour de l’astre solaire, c’était il y a bien des révolutions, j’ai vécu avec celle qui se baptisa ‘mon amante religieuse’ la plus agréable des religions.

Une paix. Un amour délesté de ce qui n’est pas l’amour. Une île opulente aux deux habitants généreux. Elle et moi. Moi et elle.

D’abord une rencontre. Deux corps qui se trouvent, deux âmes qui ne se cherchaient pas. Son sourire en forme d’éclat de rire, ses yeux couleur bonheur. Elle me disait aimer ma voix, mon visage angéliquement doux, ma peau d’homme jeune, mes idées d’homme sage.

Des images d’elle plein la tête. En tous ces endroits. En ces quatre saisons ayant accompagné nos passions. Drogué au corps de l’autre assez vite, des heures de plaisir collés peau à peau.

Consciemment s’amusant d’une sexualité débridée qu’on savait condamnée. Car ces choses ne durent pas, c’est ainsi ; un jour, on ne voit plus l’autre avec les mêmes yeux, c’est fini.

Reste le plaisir en sons, odeurs, images, goûts, textures ; toutes ces heures de plaisir à deux. Ses mots licencieux. Mon sexe, son dieu, posé sur l’autel de ses mains, à qui elle murmure des prières, à qui elle fait des offrandes. Le sien, ma divinité, abrité dans le calice de mes lèvres, duquel je bois la sève, auquel j’offre ma langue.

Notre bulle sensuelle, notre église. Tant d’images sur lesquelles le temps n’a pas d’emprise.

Je suis aujourd’hui pauvre et vieux, bientôt mort ; mais riche, moi l’incroyant, d’un monde qu’une déesse colore !