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22.10.2007

L'homélie

« …mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !
Alors l’Homme, pressé et égocentriste, peste car il ne voit que la foule dans ce métro et non chaque individu dont elle se compose. ‘Moi’ contre la foule, dans un métro ou ailleurs ; ‘Moi’ avec la foule, dans un stade ou ici même. Un Moi qui fait voir la réalité de manière tronquée. Car qu’est-ce qu’une foule sinon un ensemble d’êtres humains également importants, également précieux, également uniques. »

Tiens ! me voilà attentif au speech du type en robe. Faut dire que ce qui se passe depuis le début du cérémonial m’ennuie profondément : ces chants psalmodiés, ces gestes mille fois répétés, cette rondelle de pain de froment, ces coupes pompeusement dorées, j’suis indifférent à tout cela depuis bien des années, moi. Plus d’une décennie d’ailleurs que je n’avais plus remis les pieds dans une église, mais cette fois-ci, ça allait de soi, et puis suffit de regarder autour de soi pour passer le temps, y’a des vitraux, des visages, des meubles, un haut plafond, ‘tain c’est vrai qu’il est vraiment haut ce plafond, si au moins on pouvait rester assis tranquillement, sans devoir sans cesse se lever pour je ne sais quelle raison. En tout cas, y’a une de ces foules, et il a raison le type, c’est un ensemble d’êtres humains comme moi, chacun d’entre eux, en train de penser à tout un tas de trucs, comme j’suis occupé à le faire. J’commence à avoir la dalle, ça creuse la petite rondelle. Tu dois bien t’marrer maintenant Etienne, dans ton hamac de nuage, à nous entendre penser.

« …Etienne était un être unique, comme nous tous. Il nous a quittés trop tôt,  il laisse une famille dans la douleur et le chagrin. Prions pour lui alors que le seigneur l'accueille dans le royaume des cieux.»

09.10.2007

La lettre

« Tenez. » fit-il doucement en lui tendant un bout de papier.

Surprise, elle me fit signe de m’asseoir près d’elle, j’approchai une chaise et, devinant qu’un frisson l’avait parcourue, posai ma main dans la sienne.

« Lis avec moi. » Nous lûmes en silence, dans le cadre intemporel de cette étude notariale, une lettre manuscrite jaunie par le temps.


17 janvier 1940

Mon bébé, ma fille, Marion,

Tu n’existes que depuis quelques jours mais voici le destin qui déjà m’oblige à partir loin de toi.


Je sentis une émotion partagée nous gagner, sa main serra davantage la mienne, mon cœur se mit à battre plus fort.

Cruel destin que le tien, mon unique enfant, ta mère qui juste avant son dernier soupir te fait son premier et unique baiser, et maintenant une guerre qui te sépare de ton père. Si tu lis cette lettre, c’est que je n’en suis pas revenu vivant, j’espère de tout mon cœur de jeune patriote que ça ne passera pas ainsi, mais pour dans le pire des cas, c’est cette lettre que je t’écris. 

Nous échangeâmes un regard, un voile de larmes couvrait ses yeux, qu’un clignement de paupières fit perler, une goutte mouilla la lettre. Mon amour pleurait et je n’avais, en cet instant, que ma présence pour la consoler.

Je suis persuadé que ta tante a bien pris soin de toi et qu’elle t’a bien éduquée. Sache que maintenant, hier et demain, je suis près de toi et que mon amour te protège. Sache qu’où que je sois, c’est te voir souriante, heureuse, joyeuse qui me comble, sache que les pleurs et la tristesse passent comme passent les oiseaux dans le ciel.

Je vis un sourire doucement se dessiner sur son visage de jeune adulte redevenu enfantin. Je posai mon bras autour de ses épaules et un baiser sur ses larmes.

Je prie pour que ta vie soit belle, que tu te sentes aimée, entourée, choyée.

Elle se tourna vers moi et je vis dans ses yeux qu’elle répondait ‘oui’ à son père.

Enfin, si tu lis cette lettre c’est qu’un vieil ami et sa femme m’ont rejoint dans le repos éternel, à ce couple d’amis, j’ai confié une maison le temps de la guerre ou, si je venais à disparaître, le temps de leur vie. Cette maison se situe dans le sud du pays, dans un coin paisible et tranquille au coeur de la nature. Cette maison est la seule chose que je puisse jamais t’offrir étant la seule chose qui m’ait jamais appartenu. Si jamais un jour tu y habites, je suis sûr que tu t’y plairas…


Ton père qui t’aime.


Elle me prit dans ses bras, habitée de mille émotions.

Je vis le notaire se lever, faire quelques pas vers Marion et il lui donna solennellement les clefs de la maison.