22.11.2007
Un parmi
Jeu d'écriture sur paroles plurielles :
J'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. Toute façon, je marche pas droit. De travers. Pas avec les bonnes personnes. J’ai peur d’être seul, c’est pour ça. Sinon je marcherais droit. Pas courbé, comme sous le poids de mon absence. Ce matin, je divague. J’ai pas mis la bonne veste. J’aurais dû la retourner. J’ai oublié de me brosser les dents. Celles de devant. C’est que j’avais pas de brosse à dents. Comme hier. Et le jour d’avant ! Ces jours où tout est en place : de travers. Un puzzle où les pièces s’emboîtent mais ne forment aucune image logique. Comme ces mots dans ma tête. Je n’ai pas mis les bonnes chaussures. Ce matin il fait froid. Dans les moins. Au moins ! Pourtant j’ai l’air normal. Je passe inaperçu. Je passe comme une légère toux. Sans être un poids ni heureux. Un homme sans visage. Transparent. Un parmi des milliards. J’aurais dû mettre des chaussures moins ordinaires. Des couleurs pour qu’on me remarque. Déclarer sans honte : « Regardez-moi ». Mais j’ai jamais osé. Trottoir sans histoire quand le jour fuit devant la nuit. J’erre. Solitaire. Accompagné de tous mes imaginaires amis. Je sais à quoi tu penses quand tu passes devant moi. Encore un. Mais tu sais pas que c’est moi. Moi et pas un autre. Ce matin, je pense de travers.
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12.11.2007
La course
Je cours. Personne me voit. Enchaîné à la vie, je ne suis pas libre. Je cours. Vers toi, vers moi, vers plus grand, plus loin. Mais partout où je dirige mes bras : le vide. Je tombe en courant dans le vide intersidéral. J’ai beau avoir les pieds sur terre, je ne suis basé sur rien. Mon regard se porte sur des amas d’atomes atones. La vie commence à me blaser, courir ça fatigue. Qui a décrété que la vie c’était vital ? Je m’arrête, au moins un peu. Autour de moi, de l’immobilité. En moi, tout s’accélère. Prise de conscience express. Sourire pour pas pleurer. Quelle mascarade ! Toi, tu cours encore ? Je reprends la course, plus lucide. Quelle supercherie, ces molécules ! Qui dicte quoi ? Sans haut, y a-t-il encore le bas ? Je reste perplexe, je savoure une glace à la vanille. Assis sur un banc. Le regard froid ou perdu, gagnant de la lenteur. Efficacité d’une pensée vidé de son contenu. Je souris moins blasé, plus doux, plus naturel. Reste le temps à passer. Savourer le présent comme une friandise. Je vois les gens courir partout. Enchaînés à la vie, ils ne sont pas libres. Ils courent.
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01.11.2007
La dissertation
Tante Babette prit une profonde inspiration sentant que son fils en manquait pour ce devoir de français. Tranquillement installé dans le canapé, j’écoutais amusé cette conversation amusante :
— Bon, quel est ton souci Kevin ?
— Maman, je sais pas quoi écrire pour cette dissert !
— Et bien, primo, quel en est le sujet ?
— Euh… « Si pour Prout c’était une madeleine, pour toi ce serait quoi ? »
— Pour PROUST Kevin ! Pour PROUST !
— Ok, pardon. Pour Proust.
— Mais qui donc a bien pu rédiger un tel sujet de dissertation ?
— C’est la prof de français maman.
— Je m’en doute, fiston, je m’en doute. Ce que je veux dire c’est que ça m’a l’air assez tiré par les cheveux !
— Ben moi, je sais pas quoi écrire pour cette dissert !
— Comment un gamin de quatorze ans pourrait-il connaître ce…ce…ce mécanisme que décrivait Proust…ce paquet de réminiscences qu’évoque un objet, une situation…agréables souvenirs inscrits dans un simple biscuit.
— Hein ? !
— Bon, Kevin. Tu as des souvenirs agréables n’est-ce pas ?
— Ben ouais !
— Parfois…parfois, tu penses à ces souvenirs, n’est-ce pas ?
— Euh…ouais !
— Et qu’est-ce qui t’y fait penser à ces souvenirs agréables ?
— Ben, les copains par exemple, quand on repense aux conneries qu’on a fait ensemble.
— KEVIN ! Pas de grossièretés !
— Oups…aux bêtises, aux bêtises…
— Bon, mais sinon, y’a pas parfois un objet précis qui te rappelle tout un tas de souvenirs ?
— Haaaaaa j’ai compris ! Merci maman ! Viens, tu mérites un bisou !
— Mais de rien mon grand garçon !
Sujet : « Si pour Proust c’était une madeleine, pour toi ce serait quoi ? »
Elève : Kevin Arnaud
Pour moi, ce serait un ballon de foot car …
(Jeu d'écriture sur Paroles Plurielles)
18:35 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, paroles plurielles, dissertation


