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29.04.2008

Torsade électrifiée

Un seul oiseau sur la gaine torsadée du câble électrifié.
Un clignement de paupières, trois battements d’ailes ont suffi :
Volatilisé, l’être de plumes ignorant mon regard focalisé.
Un chant, un gazouillis, indifférents à la présence de mon ouïe.

Ce qui est perçu par mes sens se moque de ma présence.
S’éblouir du spectacle gratuit, fortuit, sans faire de bruit.
S’étonner de percevoir. Se libérer de sa propre existence.
Conscient de n’être qu’un point éphémère où que je sois inscrit.

Les feuilles de l’arbre cent mètres en face dansent aussi joliment sous les doigts du vent
Avec ou sans mes yeux, avec ou sans ma vie, avec ou sans mes mots.
La nature n’a pas besoin de mon cerveau, ni cet arbre du mot « bouleau ».

Le meilleur moment est celui présent. Celui conscient de l’instant.
Il n’y a alors ni durée, ni journée, ni passé, ni classement.

Aucun oiseau sur la gaine torsadée du câble électrifié.
Mais fugitivement plein le ciel, des centaines, des milliers,
Des millions partout, où qu’ils soient, qui sont là où je ne vois pas.

Nul besoin de les percevoir, l’important n’est pas la quantité
Mais la qualité de son attention à la beauté qu’est la perception.

22.04.2008

Cedric

Les doigts sur les touches, l’index gauche sur le r.
Les fesses sur une chaise, les pieds au sol, l’air songeur.
Une main dans les cheveux, sur le clavier, le visage puis la cuisse, je m’esquisse.

Des centaines de micropensées s’enchaînent, se chevauchent, se mélangent puis s’oublient.
Je transporte par mon corps une vie. Une sensation d’exister, c’est tout ce que je suis.

Pour m’amuser à vous prouver ma réalité, je vais m’infliger une claque sur la joue !
Aïe ! Picotement légèrement douloureux mais également plaisant, amusé d’imaginer que c’est toi lectrice/lecteur qui m’as giflé !

Sauf que rien ne fut prouvé car il n’y a que moi qui aie ressenti le soufflet. Et déjà pour moi-même, c’est du passé !  Présent fuyant sur place, les mots en perdent souvent la trace. Eternelle refocalisation, sempiternelle dispersion.

« Qui suis-je ? » ne sont que trois mots, et un point d’interrogation. Moi, je suis déjà ailleurs, dans la vapeur d’une émotion.

11.04.2008

Ecrire Aimer

Ecrire ‘Aimer’ tous les jours.

Ne pas dépendre des mots des autres, ni des siens.

Chaque seconde porte le deuil de la précédente.

Vivre sa condition humaine.

Accueillir chaque émotion comme l’éphémère d’une sensation de froid anodine.

N’avoir pas le choix.

Ne rien attendre, pas même l’instant nouveau.

Devenir son corps, entre deux eaux.

De quoi meurt-on quand on a plus rien à mourir ?

Mettre à nu ses propres mots puis les renier, s’en aller, les laisser vivants ou morts, s’en désintéresser.

Porter son monde à fleur d’esprit.

Faire l’amour au vide.

07.04.2008

Opaline fée

A l’orée d’un vieux bois
Assise tel un beau roi

Etincelait une fée
Ailée et assoiffée

Inévitablement surpris
Immédiatement je lui dis :

« Auriez-vous besoin de mon eau ?
Opaline belle fée, j’en ai trop ! »

Une fois sa soif repue
Ultime confidence : elle s’en fut.

 

( Consigne 14 sur Kaléidoplumes

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