10.12.2007
Les petits papiers
Bibiche, je t’en prie : Sors de cette salle de bain ! S’il te plaît mon bébé…
Bon sang ! Laisse-moi te donner ma version des faits et mets la radio moins fort, nos voisins de chambres vont aller se plaindre sinon !
Bibiche, j’en ai marre de te glisser ces papiers par la porte, je te certifie ma bonne foi ! Je ne l’ai pas regardé la barmaid ! JE NE L’AI PAS REGARDÉ ! ! Bibiche…
Il fallait bien commander les verres, non ? Arrête-moi ces crises ! J’en ai vraiment marre !
Bibiche c’est notre voyage de noce, l’île est splendide, allons à la plage, sortons de cet hotel, ça commence vraiment VRAIMENT à m’énerver ces enfantillages !
(( Des mots griffonnés sont glissés dans la chambre, l’homme abandonne la porte de la salle de bain et rejoint la porte d’entrée afin de ramasser le papier ))
Nos regards se sont croisés et j’ai ressenti des frissons. Rencontrez-moi, si c’est votre désir, dans l’arrière-salle derrière le bar, vers 19 h. Signé : La barmaid.
Chérie, c’est mon dernier petit mot, prends ton bain la soirée entière si ça te chante, je vais prendre l’air.
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22.11.2007
Un parmi
Jeu d'écriture sur paroles plurielles :
J'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. Toute façon, je marche pas droit. De travers. Pas avec les bonnes personnes. J’ai peur d’être seul, c’est pour ça. Sinon je marcherais droit. Pas courbé, comme sous le poids de mon absence. Ce matin, je divague. J’ai pas mis la bonne veste. J’aurais dû la retourner. J’ai oublié de me brosser les dents. Celles de devant. C’est que j’avais pas de brosse à dents. Comme hier. Et le jour d’avant ! Ces jours où tout est en place : de travers. Un puzzle où les pièces s’emboîtent mais ne forment aucune image logique. Comme ces mots dans ma tête. Je n’ai pas mis les bonnes chaussures. Ce matin il fait froid. Dans les moins. Au moins ! Pourtant j’ai l’air normal. Je passe inaperçu. Je passe comme une légère toux. Sans être un poids ni heureux. Un homme sans visage. Transparent. Un parmi des milliards. J’aurais dû mettre des chaussures moins ordinaires. Des couleurs pour qu’on me remarque. Déclarer sans honte : « Regardez-moi ». Mais j’ai jamais osé. Trottoir sans histoire quand le jour fuit devant la nuit. J’erre. Solitaire. Accompagné de tous mes imaginaires amis. Je sais à quoi tu penses quand tu passes devant moi. Encore un. Mais tu sais pas que c’est moi. Moi et pas un autre. Ce matin, je pense de travers.
09:50 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, paroles plurielles
01.11.2007
La dissertation
Tante Babette prit une profonde inspiration sentant que son fils en manquait pour ce devoir de français. Tranquillement installé dans le canapé, j’écoutais amusé cette conversation amusante :
— Bon, quel est ton souci Kevin ?
— Maman, je sais pas quoi écrire pour cette dissert !
— Et bien, primo, quel en est le sujet ?
— Euh… « Si pour Prout c’était une madeleine, pour toi ce serait quoi ? »
— Pour PROUST Kevin ! Pour PROUST !
— Ok, pardon. Pour Proust.
— Mais qui donc a bien pu rédiger un tel sujet de dissertation ?
— C’est la prof de français maman.
— Je m’en doute, fiston, je m’en doute. Ce que je veux dire c’est que ça m’a l’air assez tiré par les cheveux !
— Ben moi, je sais pas quoi écrire pour cette dissert !
— Comment un gamin de quatorze ans pourrait-il connaître ce…ce…ce mécanisme que décrivait Proust…ce paquet de réminiscences qu’évoque un objet, une situation…agréables souvenirs inscrits dans un simple biscuit.
— Hein ? !
— Bon, Kevin. Tu as des souvenirs agréables n’est-ce pas ?
— Ben ouais !
— Parfois…parfois, tu penses à ces souvenirs, n’est-ce pas ?
— Euh…ouais !
— Et qu’est-ce qui t’y fait penser à ces souvenirs agréables ?
— Ben, les copains par exemple, quand on repense aux conneries qu’on a fait ensemble.
— KEVIN ! Pas de grossièretés !
— Oups…aux bêtises, aux bêtises…
— Bon, mais sinon, y’a pas parfois un objet précis qui te rappelle tout un tas de souvenirs ?
— Haaaaaa j’ai compris ! Merci maman ! Viens, tu mérites un bisou !
— Mais de rien mon grand garçon !
Sujet : « Si pour Proust c’était une madeleine, pour toi ce serait quoi ? »
Elève : Kevin Arnaud
Pour moi, ce serait un ballon de foot car …
(Jeu d'écriture sur Paroles Plurielles)
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22.10.2007
L'homélie
« …mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !
Alors l’Homme, pressé et égocentriste, peste car il ne voit que la foule dans ce métro et non chaque individu dont elle se compose. ‘Moi’ contre la foule, dans un métro ou ailleurs ; ‘Moi’ avec la foule, dans un stade ou ici même. Un Moi qui fait voir la réalité de manière tronquée. Car qu’est-ce qu’une foule sinon un ensemble d’êtres humains également importants, également précieux, également uniques. »
Tiens ! me voilà attentif au speech du type en robe. Faut dire que ce qui se passe depuis le début du cérémonial m’ennuie profondément : ces chants psalmodiés, ces gestes mille fois répétés, cette rondelle de pain de froment, ces coupes pompeusement dorées, j’suis indifférent à tout cela depuis bien des années, moi. Plus d’une décennie d’ailleurs que je n’avais plus remis les pieds dans une église, mais cette fois-ci, ça allait de soi, et puis suffit de regarder autour de soi pour passer le temps, y’a des vitraux, des visages, des meubles, un haut plafond, ‘tain c’est vrai qu’il est vraiment haut ce plafond, si au moins on pouvait rester assis tranquillement, sans devoir sans cesse se lever pour je ne sais quelle raison. En tout cas, y’a une de ces foules, et il a raison le type, c’est un ensemble d’êtres humains comme moi, chacun d’entre eux, en train de penser à tout un tas de trucs, comme j’suis occupé à le faire. J’commence à avoir la dalle, ça creuse la petite rondelle. Tu dois bien t’marrer maintenant Etienne, dans ton hamac de nuage, à nous entendre penser.
« …Etienne était un être unique, comme nous tous. Il nous a quittés trop tôt, il laisse une famille dans la douleur et le chagrin. Prions pour lui alors que le seigneur l'accueille dans le royaume des cieux.»
12:30 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, paroles plurielles, messe, religion
09.10.2007
La lettre
« Tenez. » fit-il doucement en lui tendant un bout de papier.
Surprise, elle me fit signe de m’asseoir près d’elle, j’approchai une chaise et, devinant qu’un frisson l’avait parcourue, posai ma main dans la sienne.
« Lis avec moi. » Nous lûmes en silence, dans le cadre intemporel de cette étude notariale, une lettre manuscrite jaunie par le temps.
17 janvier 1940
Mon bébé, ma fille, Marion,
Tu n’existes que depuis quelques jours mais voici le destin qui déjà m’oblige à partir loin de toi.
Je sentis une émotion partagée nous gagner, sa main serra davantage la mienne, mon cœur se mit à battre plus fort.
Cruel destin que le tien, mon unique enfant, ta mère qui juste avant son dernier soupir te fait son premier et unique baiser, et maintenant une guerre qui te sépare de ton père. Si tu lis cette lettre, c’est que je n’en suis pas revenu vivant, j’espère de tout mon cœur de jeune patriote que ça ne passera pas ainsi, mais pour dans le pire des cas, c’est cette lettre que je t’écris.
Nous échangeâmes un regard, un voile de larmes couvrait ses yeux, qu’un clignement de paupières fit perler, une goutte mouilla la lettre. Mon amour pleurait et je n’avais, en cet instant, que ma présence pour la consoler.
Je suis persuadé que ta tante a bien pris soin de toi et qu’elle t’a bien éduquée. Sache que maintenant, hier et demain, je suis près de toi et que mon amour te protège. Sache qu’où que je sois, c’est te voir souriante, heureuse, joyeuse qui me comble, sache que les pleurs et la tristesse passent comme passent les oiseaux dans le ciel.
Je vis un sourire doucement se dessiner sur son visage de jeune adulte redevenu enfantin. Je posai mon bras autour de ses épaules et un baiser sur ses larmes.
Je prie pour que ta vie soit belle, que tu te sentes aimée, entourée, choyée.
Elle se tourna vers moi et je vis dans ses yeux qu’elle répondait ‘oui’ à son père.
Enfin, si tu lis cette lettre c’est qu’un vieil ami et sa femme m’ont rejoint dans le repos éternel, à ce couple d’amis, j’ai confié une maison le temps de la guerre ou, si je venais à disparaître, le temps de leur vie. Cette maison se situe dans le sud du pays, dans un coin paisible et tranquille au coeur de la nature. Cette maison est la seule chose que je puisse jamais t’offrir étant la seule chose qui m’ait jamais appartenu. Si jamais un jour tu y habites, je suis sûr que tu t’y plairas…
Ton père qui t’aime.
Elle me prit dans ses bras, habitée de mille émotions.
Je vis le notaire se lever, faire quelques pas vers Marion et il lui donna solennellement les clefs de la maison.
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28.09.2007
Désert
Je lui ai dit de se taire, qu’il était tard, qu’elle ne savait pas ce qu’elle disait.
Mais la nuit sans cesse me parlait, de moi, de l’humanité, d’une voix douce, à peine susurrée.
Seul, adossé à un rocher, perdu dans la noirceur fraîche d’un désert, mes bouteilles d’eau bientôt vide, je pleurais une eau amère.
Voix mélodieuse portée par un vent frisquet, nuit étoilée, dunes rondeurs d’une Terre mère nourricière au milieu desquelles je continuais à laisser échapper un goutte-à-goutte salé, désemparé que j’étais des vérités qu’elles me révélaient.
D’un coup, la voix cessa, aux larmes succéda un sourire, car j’avais compris, après avoir entendu puis écouté, le message que la nature voulait me faire passer. Un message qu’il est impossible de transmettre d’humain à humain, que chacun, seul, doit recueillir en main propre ; pour moi, ce fut une nuit, seul, dans un désert.
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13.08.2007
L'amante religieuse
Le passé est un tas d’images stocké dans ce que les biologistes nomment le système nerveux central. Le mien est usé de se souvenir, mais certaines réminiscences sont plus douces que d’autres. Tel un bonbon toujours présent, à déguster à tout moment, le souvenir de mon amante religieuse est délicieux.
Durant une révolution entière de la Terre autour de l’astre solaire, c’était il y a bien des révolutions, j’ai vécu avec celle qui se baptisa ‘mon amante religieuse’ la plus agréable des religions.
Une paix. Un amour délesté de ce qui n’est pas l’amour. Une île opulente aux deux habitants généreux. Elle et moi. Moi et elle.
D’abord une rencontre. Deux corps qui se trouvent, deux âmes qui ne se cherchaient pas. Son sourire en forme d’éclat de rire, ses yeux couleur bonheur. Elle me disait aimer ma voix, mon visage angéliquement doux, ma peau d’homme jeune, mes idées d’homme sage.
Des images d’elle plein la tête. En tous ces endroits. En ces quatre saisons ayant accompagné nos passions. Drogué au corps de l’autre assez vite, des heures de plaisir collés peau à peau.
Consciemment s’amusant d’une sexualité débridée qu’on savait condamnée. Car ces choses ne durent pas, c’est ainsi ; un jour, on ne voit plus l’autre avec les mêmes yeux, c’est fini.
Reste le plaisir en sons, odeurs, images, goûts, textures ; toutes ces heures de plaisir à deux. Ses mots licencieux. Mon sexe, son dieu, posé sur l’autel de ses mains, à qui elle murmure des prières, à qui elle fait des offrandes. Le sien, ma divinité, abrité dans le calice de mes lèvres, duquel je bois la sève, auquel j’offre ma langue.
Notre bulle sensuelle, notre église. Tant d’images sur lesquelles le temps n’a pas d’emprise.
Je suis aujourd’hui pauvre et vieux, bientôt mort ; mais riche, moi l’incroyant, d’un monde qu’une déesse colore !
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08.06.2007
Amis...amants
« Excuse-moi, c’est une erreur, c’était pas censé être rose mais violet…la vendeuse a dû se tromper ! »
Elle ne répond rien, son regard me parle ; elle pose la lingerie sur la table, m’invite à m’approcher. Elle n’aime pas le rose, je le savais, à croire qu’inconsciemment je l’ai cherché : la voir nue plutôt qu’habillée de ces quelques grammes de dentelle offerts par amitié. Nos rapports sont en train de se convertir, elle m’invite à la dévêtir. Je lui signifie, nos doigts entrelacés, dirigeant nos mains vers moi, de me déshabiller. Je la connaissais affective voire câline mais il est l’heure de la féline. Voit-elle mon côté ange qui tombe, mon côté feu qui gronde ? Ses sourires me répondent. Nous désirons parcourir le même chemin enfiévré, nos pensées laissent place aux baisers. Des lèvres à joues d’amitié nous glissons lèvres à lèvres vers un face-à-face où rien ne peut plus être caché, un tête-à-tête d’amants avides de nouveaux éléments. Nouveaux plis, nouvelles formes, nouveaux grains de beauté sur le point d’être dévoilés, je respire fort son parfum de nudité. Déboutonner, dégrafer, retirer, dézipper, défaire, enlever. Nos vêtements un à un tombent sur le sol carrelé, nous laissant dans un corps à corps sans armes, sans gène, sans moment d’hésitation. Ses seins ont la courbure de mes mains, sa peau la douceur de mes rêves, un ballet charnel s’engage, je dirige puis c’est elle, elle ordonne puis c’est moi, des ordres si doux qu’ils me font fondre le cou. Elle ressent de ses doigts sous cette peau si fragile le sang gonfler en moi. Des mots-murmures sortent de sa bouche, ma langue-lecture sort de la mienne afin de lire sur ses nombreuses lèvres son désir qui s’élève. Des bruits, des gestes, des mouvements, positionnements crus s’enchaînent sans obscénité, une sexualité sans complexe mais sans trivialité car une chose flotte dans l’air de la bulle qui nous entoure, cette chose est l’amour.
15:45 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, paroles plurielles, sexualité.
03.04.2007
A l'intérieur
J’ai presque une heure d’avance, j’ai le temps d’aller me balader un peu dans le parc. J’aurais préféré rester tranquillement chez moi, voir du monde ça m’amuse pas. Quelle bêtise que ces anniversaires, c’est une journée ordinaire, pas la peine de s’exciter. Et puis cette manie des cadeaux, quelle futilité. Tiens ! il est bien imposant cet arbre. Y sont marrants les deux sur le banc. Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics lalala lalala. J’arrête sinon elle va pas cesser de me trotter dans la tête. Hmm ce soleil agréable dans le dos, cet air frais dans les poumons. J’aime pas le monde, j’ai toujours l’impression de pas être moi, d’être sur mes gardes, de penser à la place des gens que je rencontre, d’anticiper ce qu’ils pensent de moi, je me connais bien, c’est pour ça que je préfère la solitude : pas de pensées encombrantes, pas d’interférences, soi et la nature, c’est bien suffisant. Toujours à l’avance pour pas déranger ou me faire remarquer. Depuis que j’suis né, j’suis en retrait. Mes besoins en conversation sont limités. J’me sens parfois comme un type pieds nus au milieu d’une foule ayant les yeux dirigés sur ses pieds, et qui finit par ne plus voir que des chaussures tout autour de lui. Pourtant y’a rien de plus bête que de vouloir faire ‘comme les autres’ ! Ça sert à quoi ‘les autres’ ? A se faire aimer, remercier, plaisir. J’ai pas à m’excuser d’être comblé sans les autres. J’ai pas à me justifier. Le partage, c’est vrai, c’est important. Mais j’suis plutôt du côté de celui qui prend que de celui qui donne. Je prends en écoutant, en scrutant les comportements. J’ai toujours été du style à me contrôler, à anticiper, à craindre la nouveauté, à me contenter du présent. Bon allez, il est l’heure. J’ai pas envie d’être le dernier. Tiens ! elle avance d’une heure l’horloge de l’église. Mais merde, non, c’est moi qui aie oublié de changer d’heure. Tant pis, j’y vais pas, je lui avais de tout façon pas promis de venir. Pourtant j’aime bien les gens, mais j’attends rien d’eux. Par logique, je me dis qu’ils n’ont rien à attendre de moi. Les amoureux qui s'bécott'nt sur…
12:10 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, paroles plurielles, textes courts
15.03.2007
Densité lourde
« Il faut que je vous dise…j’ai menti ! »
Malgré le léger trouble que cette phrase provoque en moi, je ne cille pas, je suis depuis trop longtemps à la crim pour me laisser abuser aussi facilement.
« A quel propos ? L’endroit où tu as déposé le cadavre ?
- Non, à propos du fait que je l’ai pas tuée, la petite !
- Et tes aveux ? Tu les oublies ? Ça marche pas avec moi ce petit jeu-là. Allez, c’est ta dernière chance de montrer un peu de courage dans toute cette sale affaire, manque pas cette unique possibilité.
- J’ai rien fait. On m’a extorqué les aveux. C’est toi qui dois faire preuve de courage et m’écouter, j’suis sûr que tu connais l’affaire Dils…
- Il avait 17 ans, t’en as le double. Oublie pas que tu as dit vouloir tout déballer pour soulager ta conscience, juste avant de passer aux aveux. Tous les indices dont on dispose peuvent servir de preuves devant un tribunal, il ne manque plus que le corps, joue pas au plus malin… »
Je le regarde baisser la tête devant cet étang où il nous a amenés. Le soleil, à cet instant bien haut dans le ciel, donne à l’air une densité lourde qui m’étouffe, je me sens mal à l’aise avec ce meurtrier à mes côtés dans ce cadre si beau et si tranquille où j’aurais pu venir me promener avec ma petite-fille. Non…ne pas mêler des images de bonheur avec ces horreurs…séparer mon boulot et ma vie en dehors…mais y’a rien à faire, à chaque affaire je pense aux miens…trop douloureux…laisser ma petite-fille en dehors de tout ça bon sang !
« J’ai faim, j’veux m’en aller, je l’ai pas tuée. »
Il a l’air décidé à ne pas coopérer cette fois-ci. Il va falloir le laisser réfléchir. Je sais qu’il va de toute façon finir par parler. Allez, en route.
« On y va les gars. Ramenez-le au fourgon. »
Je me retourne une dernière fois avant de quitter les lieux, j’aperçois au loin, à l’autre bord de l’étang, un petit objet qui flotte…ou plutôt…c’est…c’est ça…c’est une main d’enfant.
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