13.02.2007
Les pavés de Bruxelles
Zoomons. Partons d’une image mentale de la planète. Faisons perdre à notre caméra mentale de l’altitude. Stop. Voilà une belle image de l’Europe. Reprenons la descente. Zoomons sur la Belgique. Stoppons ! Nous voici à mille mètres au-dessus de Bruxelles. Le temps est dégagé, pas de problème de visibilité. Ça se corse. Nous sommes conviés à partager quelque temps la vie de deux marcheurs citadins : Henri et Eddy. Trouvons-les. Voilà, ça y est ! A deux encablures de la Grand-Place, une rue pavée au nord-ouest. Restons à un mètre au-dessus d’eux, chuuut !, écoutons-les, suivons-les, observons-les.
« Henri, t’as pas un clope ? ou une clope ? C’est fille ou garçon, clope ?
- C’est masculin et féminin, Eddy, on peut dire les deux…tiens…prends.
- Merci.
- Pourquoi on marche autant, Henri ? On va faire comme ça toute notre vie ?
- Je te l’ai déjà répété des dizaines de fois : Tant qu’on marche, on est pas totalement mort, pas totalement exclu du monde qui nous entoure.
- Ah ouais, c’est vrai, et puis c’est bon pour la santé, de marcher, j’ai juste pas vrai ?
- Tu as raison, Eddy, tu as raison.
- Qu’est-ce qu’y a du monde dans cette rue ! T’as vu ça ? On sent qu’on s’approche de la fin de l’année. A propos, on fait comme l’an passé, on s’offre chacun un cadeau à l’autre, pour nouvel an ?
- Si tu veux.
- Ou alors on attend les soldes qui, j’suis sûr, seront très avantageuses cette année !
- Avantageux.
- Quoi avantageux ?
- Les soldes.
- Quoi c’est garçon ‘solde’ ? Hé ben dis donc, là j’suis sûr que j’suis pas le seul qui fait la faute ! Tous les jours tu m’apprends des trucs, Henri, rien que pour ça j’suis content d’être à tes côtés tous les jours de l’année, je te l’ai peut-être pas souvent dit mais t’es vraiment mon meilleur ami !
- Tu l’as dis hier, avant-hier et même ce matin au réveil, mais merci c’est gentil Eddy. »
Descendons tout à fait à leur niveau, car les voilà qui entrent dans le local de l’association d’aide aux sans domicile fixe du quartier.
« Bonjour messieurs Henri et Eddy, pas trop difficile cette nuit ? Tenez, une soupe bien chaude avec plein de bonnes choses dedans, bon appétit.
- Merci Viviane.
- Merci Viviane.
- Dis, Henri, dans ce magazine, ils parlent de l’obélisque de la Concorde, c’est quoi ?
- Fais voir…ben regarde, ils ont mis une photo à la page suivante, c’est à Paris.
- Waouw, dis donc, on ira un jour la voir cette belle obélisque à Paris ?
- Ce bel obélisque, c’est masculin. Oui, promis, mais quand on s’en sera sorti tous les deux ! Sorti de la rue et de cette galère.
- Ben en tout cas c’est un bel obélisque. Mais dis donc, c’est comme Obélix, le personnage ou quoi ??
- Oui son nom vient de là. Astérix et Obélix. Tu sais, je t’ai déjà appris ce qu’était un moyen mnémotechnique, tu te souviens ?
- Ouais ouais !
- Et bien, Astérix et Obélix, c’est un moyen de retenir que astérisque et obélisque c’est deux mots masculins, il suffit de se souvenir que les deux personnages sont des hommes !
- On dit un astérisque alors ? C’est bien ça ?
- Exactement, la petite étoile c’est masculin.
- Au revoir messieurs et à demain, bon courage !
- Merci, au revoir.
- Merci Viviane.
- Dites, Henri, espérons que votre demande d’hébergement en foyer va bientôt aboutir, pour que vous puissiez vous réinsérer et, qui sait, redonner cours comme vous le faisiez, je suis sûre que vous étiez un merveilleux prof de français.
- Merci Viviane, espérons-le. Nous sommes quinzième sur la liste d’attente, d’ici quelques semaines dormirons-nous peut-être au chaud. A demain ! »
Laissons ces deux marcheurs citadins continuer leur route. Reprenons de l’altitude, enrichi de ce contact. Remontons dans l’espace en gardant un espace de notre esprit pour ce Henri et ce Eddy.
( Thème de la semaine de ce site )
11:25 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, impromptus, nouvelles, Eddy, Bruxelles



