12.11.2006
Le croque-mitaine
- Dis papa, tu me racontes une histoire ?
- Bien sûr ma chérie, je vais aller border ton petit frère et puis je reviens. Installe-toi déjà sous tes couvertures, j’arrive.
L’homme embrasse son fils, passe par le salon, surprend par un baiser sa femme installée dans le canapé devant la télé, boit une gorgée du vin sur la table basse posé, puis se dirige vers la chambre de sa fille tout en réfléchissant à l’histoire qu’il va devoir inventer.
- Je suis là mon cœur, prête pour l’histoire ?
- Ouiii
- Le temps d’allumer la petite lumière, d’éteindre la grande, voilààà. Je suis à toi.
- Je veux une histoire qui fait peur, j’ai 7 ans, je suis grande maintenant !
- D’accord, d’accord, laisse-moi réfléchir deux secondes…
Deux secondes passent.
- C’est bon ? T’as réfléchi ?
- Euh…Pas vraiment…mais tu as raison, commençons.
- Je veux que dans mon histoire, il y a le croque-mitaine !
- Tu veux qu’il y ait le croque-mitaine, tu n’auras pas peur ?
- Nooon. J’aurai pas peur !
- Bon…..Alors…..Il était une fois un très très méchant croque-mitaine qui habitait dans une grande forêt où personne n’osait s’aventurer. A l’orée de la forêt, vivait une famille composée du père, bûcheron, de la mère et de leurs huit enfants.
- C’est quoi l’orée ?
- L’orée ? C’est le bord. La famille vivait au bord de la forêt dans laquelle était située la cabane du croque-mitaine qui faisait peur dans tous les villages à cinquante kilomètres à la ronde. On disait qu’il tuait et mangeait toutes les personnes qui osaient pénétrer dans sa forêt. Or, le père, qui était bûcheron, était obligé d’aller dans la forêt car il devait couper du bois.
- C’était des filles ou des garçons les enfants ?
- Le bûcheron avait quatre garçons et quatre filles. Chaque jour, il allait couper du bois, mais il restait toujours à l’orée de la forêt pour ne pas être repéré par le croque-mitaine. Le père racontait souvent à ses enfants, le soir venu, autour de la cheminée, la fois où il avait vu le croque-mitaine non loin de sa cabane, située en plein milieu de l’immense forêt. Il leur disait qu’il avait eu très peur mais qu’il n’avait fait aucun bruit et qu’il avait pu s’approcher de la cabane quand le croque-mitaine y était retourné. Et ce qu’il avait vécu là était absolument terrible, disait-il à ses enfants qui avaient des frissons rien que de l’entendre. Le père prenait alors une voix grave : « J’ai entendu par une fenêtre ouverte de la cabane, le croque-mitaine parler à voix haute du menu qu’il allait faire. » Le père énumérait alors la liste de la préparation restée gravée dans sa mémoire, avec la voix du croque-mitaine : Deux pieds d’enfant, un bras de bûcheron, une oreille de grand-mère, et cetera, et cetera. La liste était longue et les enfants du bûcheron, écoutant cette histoire, étaient terrifiés. Un beau jour,….
Le père, surpris mais ravi, constate que la petite est endormie. « Elle, elle ne l’est pas : terrifiée. » se dit-il dans un sourire. Il est ravi car la fin de l’histoire qu’il a en tête à ce moment-là ne lui semble pas excellente. Et il a un jour de plus pour y réfléchir, à la suite de cette histoire, car il le sait, sa fille la lui réclamera. Avant de rejoindre son épouse, il embrasse tendrement ce petit être adoré bercé par les bras de Morphée.
( Thème de la semaine de ce site )
18:31 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, nouvelles, impromptus, croque-mitaine



