05.02.2007

Le patron

Un soleil érubescent inondait de ces derniers rayons l’entrepôt désaffecté qui tenait lieu depuis une heure tout à la fois de prison, de tribunal et de lieu de torture. Nous étions deux, j’étais le maton, le juge et du bon côté du flingue ; Enzo, le détenu, l’accusé, le condamné à mort. Mais qu’il serait mort quand je sortirai de l’immeuble, il ne le savait pas encore.

L’air froid transportait une fine poussière révélée par les rais obliques, ainsi que les gémissements du ligoté. Je l’avais déjà bien amochée, cette gueule d’ange.

- Quand on respecte pas les règles, Enzo, on en paie le prix. Et tu savais, quand tu es entré dans la famille, que c’est toujours le prix fort !  
- Tony…..pitié….j’ai rien fait….j’te jure….détache-moi de cette chaise et on en parle tranquillement...
- T’es pas bien assis ? Espèce de sale petite frappe , tu crois qu’on entube comme ça le clan, sans représailles ?…Je crois que j’avais raison, Enzo, t’étais trop jeune pour qu’on t’adopte….mais tu plaisais au patron….et c’est lui qui décide…

Je le regardais se contorsionner de désespoir, plein de la pensée que j’avais été un jour, jeune, fou et inconscient comme lui. Mais j’avais reçu les consignes du boss, il fallait que je le « rende invisible » comme on dit dans la famille.

- Dis-moi tout ce que tu sais et alors peut-être y aura-t-il une clémence de ma part, si tu refuses je te tire dans les chevilles puis, en remontant, dans les autres articulations.
- Pitié…non…on est comme des frères, Tony…bon ok….ok…C’est Big Al qui m’a proposé ce coup. J’ai accepté mais c’est lui qui a tout manigancé, je te jure…
- Qui sont les autres traîtres ?…vite…je perds patience…
- Many, Reds et Aldoni.
- Ouh la la, c’est que c’est de la fine équipe tout ça…Ils paieront tout autant que toi, Enzo, si ça peut te rassurer…mais maintenant, faut que je te dise adieu…tu vas faire un p’tit voyage.

J’ai pressé trois fois la détente. Les trois détonations remplirent durant quelques secondes entièrement l’entrepôt. Le crépuscule sonnait l’heure du départ. Je savais que du boulot m’attendait, au moins quatre contrats, j’en étais sûr, je connaissais bien le patron !