25.09.2006

Etat d’âme 3

Parfois : Je n’accueille pas l’autre avec joie. Une humeur maussade m’envahit quand la nouvelle d’une visite inopinée m’est annoncée. Mes sourcils se froncent. Des yeux lourds de fatigue se font alors plus présents. Etre souriant et sympathique est un effort. Un enfant capricieux impose sa loi en moi. Le moindre effort me paraît futile et contraignant.

Pourquoi ?

Vais-je ma vie durant, à intervalles réguliers, subir cette loi de ma personnalité ?

Est-ce simplement un peu de fatigue… ?

Peut-être, mais elle n’est qu’un révélateur de qui je suis. J’ai vis-à-vis de la nouveauté un a priori négatif.

J’aime le connu, le côté confortable de la passivité, la douceur de l’immobilité, la musique des habitudes, la saveur de ce que j’ai, l’indifférence de ce que je n’ai pas.

Mais est-ce que j’aime ce que je suis ?

Je n’aime pas cet enfant hargneux ou craintif qui prend quelques fois possession de moi. L’adulte raisonné que je suis le reste du temps est souriant, bienveillant, il n’a peur ni de l’autre et de ses pensées, ni de l’avenir et de ses incertitudes.

Ceci ne dit pas lequel de l’enfant ou de l’adulte en moi ne recherche pas le contact des autres.

Se forcer à sourire, est-ce sourire vraiment ?
Suis-je un être humain trop gâté ?

23.09.2006

Etat d'âme 2

Souvent, la nuit venue, quand je dépose mon corps sur mon lit, au moment où je saisis la couette pour la rabattre sur moi, une pensée me vient : «  Encore le même geste, encore un jour de plus, aucun changement.  »  C’est un constat froid, dans le silence de ma chambre, qui souvent s’évacue aussi rapidement qu’il m’est venu mais qui parfois amène d’autres pensées. Je laisse alors cheminer mes réflexions, les paupières ouvertes sur l’obscurité. « Le même jour pourrait s’écouler de façon identique jusqu’au dernier, puisqu’un changement ne m’est pas nécessaire. »

Cela ne dure que quelques minutes, car rapidement je m’endors. J’avais maintenu quelques mois durant un rituel de lecture avant de m’endormir mais il m’est passé. Je passe des images télévisuelles aux images mentales cérébrales du rêve paradoxal quasi systématiquement oubliées au réveil.

Passif, je vois le temps me traverser. J’aime me remémorer avec le plus de détails possibles des scènes passées. Je n’ai qu’un corps de vingt-six ans et quelques mois mais je ne désire pas étoffer ma banque de souvenirs. Je suis à quelques centimètres près, un double mètre qui se contente de ce qu’il a.

03.09.2006

Dimanche

La chambre où je dors, écris et surfe est au premier étage. Elle est un parallélépipède rectangle prolongé d’un oriel à base trapézoïdale. Face à ses trois fenêtres je domine la rue qui, devenue piétonne ce dimanche en raison de la brocante annuelle, offre à mon regard, aussi loin qu’il porte à gauche comme à droite, une foule de badauds, d’exposants et de chineurs plus ou moins amateurs.

Je n’apprécie pas particulièrement ce spectacle. Des haut-parleurs, installés à distance régulière le long du kilomètre et demi de la section de la rue qui accueille l’événement, diffuse une musique faite de tubes, plus ou moins récents, vendus en compilation Spéciale Eté, Enfants, Rock, Rap, Français, World, Techno. Le simple vitrage ne permet que d’atténuer un bruit insipide mélange de cris d’enfants, de rumeur de la foule et de cette musique fourre-tout.

J’ai tout de même parcouru les trois kilomètres ce matin alors que la foule était un peu moins dense, à la recherche de quelque livre qui aurait pu m’intéresser. Je suis rentré délesté d’un euro trente et alourdi des titres : « 1984 », « Fuir » et « Mr. Vertigo ».

En cette fin d’après-midi, les premiers exposants remballent ; bientôt, la rue retrouvera son trafic habituel, et mes oreilles la rumeur, finalement plus douce, du passage automobile.


23.08.2006

Etat d'âme 1

J’aime les écrits vains, solitaires. Ce qui sort sans être rentré d’abord. La pureté. La vanité.

Je suis un petit être fébrile, trop sensible. J’ai une trop bonne mémoire. Je ne prends pas l’initiative, je laisse la vie dicter pour moi. Et pourtant il y a cette rage, un autre mot conviendrait mieux : hargne. Oui, une hargne qui vient de ma passivité et qui repart souvent pour me laisser seul avec une douce sérénité.

Que veut-elle me dire, cette hargne ? Que crie-t-elle ? Avec elle, la vie acquiert tout à coup de l’importance alors qu’en son absence, la mort pourrait venir sans regrets, sans peur, sans la moindre question.
Petit enfant gâté hargneux, voilà ce que je suis parfois.

Pourquoi est-ce que je fuis les gens comme on fuit les problèmes ? La solitude me comble pourquoi devrais-je encombrer mon cerveau d’amis ?

Tiens ! Des questions. Pourquoi des questions ? Laisse-toi aller aux mots qui te viennent. Prends une grande inspiration et laisse l’air filer, ne le retiens pas.

J’ai plutôt du mal à l’oral. Une peur enfouie. Je ne cherche pas l’inconnu ou ce que je n’ai pas. Je ne sais pas m’imposer, je n’ai pas de projets. Je fatigue trop vite. Je ne connais pas mes limites. Je n’ai aucune ambition.

Je me faufile, ne désire pas être remarqué, en bon ou en mauvais. Les idées, images ou jugements sur ma personne n’ont aucune importance. Insultez-moi, j’en rirai. Bousculez-moi, j’en sourirai. Acclamez-moi, je me cacherai. En tout cas, j’apprendrai.

Une planète. Des millions d’années, des dizaines de milliards d’humains plus tard, j’en suis un à mon tour. Je suis celui-là : plutôt du mal à l’oral depuis tout petit, c’était pas de la timidité, c’était de l’analyse. J’écris mon petit rapport sur l’humanité.

Pas le temps de parler, je prends le temps ici d’écrire l’essentiel.