03.04.2007

A l'intérieur

J’ai presque une heure d’avance, j’ai le temps d’aller me balader un peu dans le parc. J’aurais préféré rester tranquillement chez moi, voir du monde ça m’amuse pas. Quelle bêtise que ces anniversaires, c’est une journée ordinaire, pas la peine de s’exciter. Et puis cette manie des cadeaux, quelle futilité. Tiens ! il est bien imposant cet arbre. Y sont marrants les deux sur le banc. Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics lalala lalala. J’arrête sinon elle va pas cesser de me trotter dans la tête. Hmm ce soleil agréable dans le dos, cet air frais dans les poumons. J’aime pas le monde, j’ai toujours l’impression de pas être moi, d’être sur mes gardes, de penser à la place des gens que je rencontre, d’anticiper ce qu’ils pensent de moi, je me connais bien, c’est pour ça que je préfère la solitude : pas de pensées encombrantes, pas d’interférences, soi et la nature, c’est bien suffisant. Toujours à l’avance pour pas déranger ou me faire remarquer. Depuis que j’suis né, j’suis en retrait. Mes besoins en conversation sont limités. J’me sens parfois comme un type pieds nus au milieu d’une foule ayant les yeux dirigés sur ses pieds, et qui finit par ne plus voir que des chaussures tout autour de lui. Pourtant y’a rien de plus bête que de vouloir faire ‘comme les autres’ ! Ça sert à quoi ‘les autres’ ? A se faire aimer, remercier, plaisir. J’ai pas à m’excuser d’être comblé sans les autres. J’ai pas à me justifier. Le partage, c’est vrai, c’est important. Mais j’suis plutôt du côté de celui qui prend que de celui qui donne. Je prends en écoutant, en scrutant les comportements. J’ai toujours été du style à me contrôler, à anticiper, à craindre la nouveauté, à me contenter du présent. Bon allez, il est l’heure. J’ai pas envie d’être le dernier. Tiens ! elle avance d’une heure l’horloge de l’église. Mais merde, non, c’est moi qui aie oublié de changer d’heure. Tant pis, j’y vais pas, je lui avais de tout façon pas promis de venir. Pourtant j’aime bien les gens, mais j’attends rien d’eux. Par logique, je me dis qu’ils n’ont rien à attendre de moi. Les amoureux qui s'bécott'nt sur… 

15.03.2007

Densité lourde

«  Il faut que je vous dise…j’ai menti ! »

Malgré le léger trouble que cette phrase provoque en moi, je ne cille pas, je suis depuis trop longtemps à la crim pour me laisser abuser aussi facilement.

«  A quel propos ? L’endroit où tu as déposé le cadavre ?
-  Non, à propos du fait que je l’ai pas tuée, la petite !
-  Et tes aveux ? Tu les oublies ? Ça marche pas avec moi ce petit jeu-là. Allez, c’est ta dernière chance de montrer un peu de courage dans toute cette sale affaire, manque pas cette unique possibilité.
-  J’ai rien fait. On m’a extorqué les aveux. C’est toi qui dois faire preuve de courage et m’écouter, j’suis sûr que tu connais l’affaire Dils…
-  Il avait 17 ans, t’en as le double. Oublie pas que tu as dit vouloir tout déballer pour soulager ta conscience, juste avant de passer aux aveux. Tous les indices dont on dispose peuvent servir de preuves devant un tribunal, il ne manque plus que le corps, joue pas au plus malin… »

Je le regarde baisser la tête devant cet étang où il nous a amenés. Le soleil, à cet instant bien haut dans le ciel, donne à l’air une densité lourde qui m’étouffe, je me sens mal à l’aise avec ce meurtrier à mes côtés dans ce cadre si beau et si tranquille où j’aurais pu venir me promener avec ma petite-fille. Non…ne pas mêler des images de bonheur avec ces horreurs…séparer mon boulot et ma vie en dehors…mais y’a rien à faire, à chaque affaire je pense aux miens…trop douloureux…laisser ma petite-fille en dehors de tout ça bon sang !

«  J’ai faim, j’veux m’en aller, je l’ai pas tuée. »

Il a l’air décidé à ne pas coopérer cette fois-ci. Il va falloir le laisser réfléchir. Je sais qu’il va de toute façon finir par parler. Allez, en route.

«  On y va les gars. Ramenez-le au fourgon. »

Je me retourne une dernière fois avant de quitter les lieux, j’aperçois au loin, à l’autre bord de l’étang, un petit objet qui flotte…ou plutôt…c’est…c’est ça…c’est une main d’enfant.